Ailleurs - 10 de Cœur un journal au service de l’insertion
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Un journal au service de l’insertion

A Troyes, dans l’Aube, la solidarité n’est pas un vain mot. Dans une région sinistrée par la faillite de l’industrie textile à la main-d’œuvre mondialisée, les associations ne défendent pas que la gastronomie locale. Au pays de l’andouillette et du chaource1, Exclusif a rencontré les acteurs de 10 de Cœur : cette association gère un chantier d’insertion, laboratoire social dont l’alchimie réside en un improbable mélange : écoute et motivation.

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Dates et chiffres clefs

1996 : l’association Travail et partage, à Troyes, lance l’idée d’un journal vendu dans la rue au profit de “vendeurs indépendants” en situation de précarité.
16 octobre 1998 : création de l’association 10 de Cœur, en charge du projet.
Mars 2001 : 10 de Cœur obtient son agrément comme atelier chantier d’insertion. Le journal 10 de Cœur tire à 60 000 exemplaires. L’atelier de distribution dépose chaque année plus de 1 200 000 publications (flyers, journal, publicités, bulletins municipaux) dans les boîtes aux lettres de l’agglomération troyenne (5 communes, 120 000 habitants). 14 salariés (en contrats d’avenir) sont sur le terrain tous les jours. En plus du circuit de distribution, 85 dépôts de l’agglomération accueillent le journal 10 de Cœur.
Nous sommes au milieu des années 1990 : 10 de Cœur est (déjà) un journal mensuel, mais payant, centré sur les associations et la solidarité. L’ambition de l’association qui porte cette action est de permettre à des personnes dans la précarité de pouvoir subvenir à leurs besoins en tant que vendeurs indépendants. « Dans l’esprit, nous étions proches d’un Macadam local », précise Brice Vanel, chargé aujourd’hui de piloter la rédaction. Cependant cette image est péjorative : « Les vendeurs n’étaient pas très bien perçus, ni très satisfaits d’une tâche globalement assez ingrate. » Sur le plan financier, le résultat pour les vendeurs est loin d’être à la hauteur des espérances. En 2001 le journal devient un gratuit, tiré aujourd’hui à 60 000 exemplaires. Des emplois sont créés, via des contrats aidés. L’insertion se fait par le travail : une équipe est mise en place afin d’assurer la distribution du 10 de Cœur, mais pas seulement : « Actuellement, cinq communes de la Communauté d’agglomération de Troyes (C.A.T.) nous demandent de diffuser leurs bulletins municipaux », explique Brice, « les commerçants locaux et les associations jouent aussi le jeu en commandant de la publicité dans le “canard”, ou des “flyers” publicitaires, faits par notre atelier de graphisme et distribués simultanément. » L’association devient officiellement un atelier chantier d’insertion en mars 2001.

Yannick Seara, qui encadre l’équipe sur le terrain, précise que « ces distributions sont attendues : si on oublie une boîte aux lettres, je peux vous assurer que dans les 48 heures je le sais, car on nous rappelle. On est payés pour faire un travail et les commanditaires veillent à ce qu’il soit bien fait, et cela même si deux boîtes aux lettres sont oubliées sur la totalité, ce qui ne représente qu’un pourcentage infinitésimal de la distribution. »

Yannick n’est pourtant pas un garde-chiourme. S’il est si pointilleux sur les statistiques de distribution, c’est qu’il doit rendre des comptes. Au pays de François Baroin2, la productivité n’est pas une plaisanterie. « Et puis il y a le fameux FSE, le fonds social européen. Quiconque a déjà rempli un dossier de subvention européenne sait ce que tatillon veut dire… » Mais au-delà du cadre de travail, la priorité est ailleurs. Car pour aider à l’insertion des gens, il faut déjà en sortir certains de l’urgence sociale où ils se trouvent. Pour Yannick, plus qu’un métier, c’est surtout une vocation.

G.D., avec L.R.

Contact : 10 de Cœur, 11 rue Jeannette, 10000 Troyes, www.10decoeur.fr
1. Le chaource est un fromage de vache de la région de Troyes, qui ressemble un peu au gaperon, selon notre envoyé spécial.
2. Ancien ministre (1995 et 2005-2007), député-maire de Troyes et président de la C.A.T.

Être mieux dans ses baskets…

L’expérience de 10 de Cœur va au-delà de l’insertion par la distribution dans les boîtes aux lettres : l’embauche de salariés en contrats aidés doit servir de tremplin à leur retour stable dans le monde du travail. Qu’en disent-ils ?

Le changement de cap de l’association et la création d’un vrai mensuel gratuit traitant de la vie associative et sociale de l’agglomération troyenne ont modifié la perception du journal par les lecteurs, contribuant à sa renommée. De huit distributeurs employés en 2005, l’effectif salarié est passé aujourd’hui à treize personnes, embauchées dans le cadre de contrats d’avenir allant de 6 à 24 mois. La volonté d’insertion durable et de formation des personnes est contractualisée, et afin de faire cohabiter travail sur le terrain et formation, les 26 heures hebdomadaires sont réparties ainsi : 20 heures de distribution, 2 heures de rédaction – une page du journal est rédigée par les salariés distributeurs –, 2 heures d’informatique et enfin 2 heures d’atelier de retour à l’emploi.

« Il s’agit de faire quelque chose pour soi à travers l’association », développe Brice Vanel, cheville ouvrière de 10 de Cœur. Pour Christine, Vanessa et David, quelques-uns des salariés, il est question de « se reconstruire, c’est-à-dire se lever tous les matins, aller travailler, recréer du lien social ». Christine surenchérit : « Le travail c’est la santé ! » Au-delà de l’adage populaire, il est sûr que le retour à l’emploi passe d’abord par une stabilité sociale. « Pour certains, l’urgence se trouve dans la quête d’un logement, dans l’obligation de gérer et de résoudre des problèmes administratifs, familiaux… C’est une condition sine qua non à la recherche d’un emploi, car on ne peut s’y consacrer qu’en étant bien dans ses baskets », dit Yannick Seara.

David considère que la structure « m’a poussé : je ne l’aurais sans doute pas fait tout seul. » Pour Christine, le coup de pouce, c’est qu’elle va pouvoir passer son permis. Sur les 40 heures nécessaires à l’apprentissage, évaluées à 750 euros, 23 heures seront prises en charge par des subventions. Elle pourra ainsi avoir une plus grande clientèle dans son projet de travail dans l’aide à la personne, « car en me déplaçant en bus je n’avais pas assez de monde », dit-elle. Pour Vanessa, son recrutement à un poste administratif lui permet d’évoluer vers son objectif de métier : accompagnante en insertion professionnelle. Jérémie, qui a une formation d’infographiste et a travaillé en imprimerie trois ans auparavant, a trouvé un cadre qui lui permet « de bien m’y remettre ». Depuis sa création, le journal a embauché 35 personnes ; 40 % d’entre elles ont ensuite retrouvé un poste fixe, selon les critères du Plan de cohésion sociale de 2005, « c’est-à-dire dans la foulée de leur contrat d’avenir et pas trois ou quatre mois plus tard ! » précise Yannick.

G.D., avec L.R.


Date de création : 06/11/2008 @ 22:10
Dernière modification : 06/11/2008 @ 22:49
Catégorie : Ailleurs
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