Quoi de neuf ? - Vingt ans du RMI, naissance du RSA

Faire-part et morceaux choisis

Vingt ans du RMI, naissance du RSA

Créé par la loi du 1er décembre 1988, le RMI a vingt ans. Depuis, pas une campagne électorale, pas une crise économique ou sociale, pas un hiver sans que ceux qui le perçoivent ne se retrouvent au centre du débat politique et médiatique. Projets de réforme, enquêtes, livres, rapports : la dépossession économique, sanitaire, culturelle, sociale et symbolique que vivent ces personnes s’accompagne toujours d’une accumulation de discours, d’articles et de gesticulations. Car la politique, c’est l’art de faire et de défaire des groupes. On gagne ou on perd le pouvoir si l’on arrive à faire exister “la classe ouvrière”, “le peuple de gauche”, “les patriotes” ou “les classes moyennes”. Ou si l’on impose des clivages : français/étrangers, salariés du privé/fonctionnaires, travailleurs/chômeurs, “ceux qui se lèvent tôt/ceux qui dorment”, etc. Dans ce combat pour imposer une vision du monde social, les allocataires du RMI n’ont pas cessé d’être instrumentalisés. Depuis les marges où on les fait vivre en “la fermant”, ils et elles assistent à leur mise en scène bavarde par les médias et les politiques… Alors, pour information, voici quelques réactions à la création du RSA qui semblent sortir (un peu) des chansons habituelles.

C.M

Denis Clerc, économiste (Le Monde, 29-08-08) :

« Un jugement nuancé : cela réduira (un peu) la pauvreté laborieuse, mais avec le risque d’augmenter les miettes d’emploi (…) il y aura davantage de pression sur les candidats pour qu’ils acceptent ces emplois qui sont paupérisants (…) La France compte déjà 1,75 millions de travailleurs pauvres. »

Laurent Wauquiez, secrétaire d’Etat à l’emploi (AFP, 30-09-08) :

« Il faudra être très pragmatique en adaptant la loi aux pratiques constatées en cas d’abus du système de la part des employeurs. »

Thomas Piketty, économiste (Libération, 2-9-08) :

« Que change exactement le RSA (…) ? Pas grand-chose et pas forcément dans la bonne direction (…) bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat des nouveaux bénéficiaires, ce qui n’est pas rien. Mais s’imagine-t-on vraiment que le passage de 150 euros d’intéressement à 200 euros de RSA et la fin de la limite de douze mois (à cet intéressement) vont soudainement doper les taux de sortie du RMI vers l’emploi à temps partiel ? »

Serge Paugam, sociologue, (www.mediapart.fr) :

« (…) des interrogations subsistent sur le bien-fondé d’une mesure dont les effets sur la reprise d’emploi ne sont pas démontrés et qui risque de modifier en profondeur le fonctionnement du marché du travail en institutionnalisant ce que l’on peut déjà appeler le RPA, le “régime de précarité assistée” (…) cette mesure constitue une transformation profonde du droit social français. Il était certes jusqu’ici possible de travailler et d’être aidé par les services sociaux en raison de la faiblesse du salaire obtenu (…), mais avec le RSA, on entre dans un régime différent : il sera désormais possible de cumuler de façon régulière et indéterminée un revenu d’assistance et un revenu du travail faiblement rémunéré. Entre le salarié et le bénéficiaire de l’aide sociale, il existera un statut social intermédiaire, celui de travailleur précaire assisté. (…) Les salariés seront désormais divisés : à côté des salariés protégés par leur régime de cotisations sociales se trouveront en nombre croissant des salariés assistés par la solidarité nationale. A défaut de maintenir un régime salarial universel, on dualise ainsi le marché de l’emploi. Il est probable par ailleurs que cette dualisation introduise peu à peu une banalisation des emplois dégradants et peu qualifiés, d’autant qu’il apparaîtra moins légitime dans certains secteurs de l’économie de les faire disparaître et pour les allocataires du RSA de les refuser. Enfin, que deviendront tous les pauvres dont on connaît aujourd’hui, en raison d’un cumul de handicaps, les difficultés à s’insérer professionnellement ? »
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Qui paye ?

Le financement du RSA devrait être assuré en partie par une taxe de 1,1 % sur les revenus non pas “du capital”, comme cela a été beaucoup répété, ou en tout cas pas ceux du “grand capital”, mais par ceux “du placement et du patrimoine” des classes sociales dites “moyennes et supérieures” – depuis le propriétaire d’un petit studio jusqu’à celui de 30 immeubles plus un gros portefeuille d’actions. Mais les 15 066 contribuables les plus fortunés en 2007 sont de toutes façons à l’abri de cette taxe, grâce au “bouclier fiscal” qui depuis juin 2007 plafonne leur taux d’imposition à 50 % de leurs revenus, RSA ou pas.

D.C.

À suivre…

Le dispositif du RSA facilitera-t-il réellement la reprise d’emploi ? Et dans ce cas, améliorera-t-il vraiment le revenu des personnes concernées, mais aussi leur situation globale, à long terme ? Avec le RSA, que deviendront ceux qui ont et auront toujours le plus de difficultés pour accéder au “monde du travail” – surtout pour la première fois : les jeunes ? Car le problème fondamental reste, encore et toujours, que les emplois ne sont pas assez nombreux, et la crise actuelle va encore en détruire. A ces questions, et d’autres, Exclusif continuera à chercher des réponses, notamment en retournant auprès des personnes concernées et impliquées dans l’expérimentation du RSA dans la région de Montluçon (voir notre n°20).

C.M. et D.C.


Date de création : 06/11/2008 @ 19:09
Dernière modification : 06/11/2008 @ 19:10
Catégorie : Quoi de neuf ?
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