Dossier - Le retour du ''chapeau qui tourne''…

Entretien avec le secrétaire de la CGT Spectacle

Le retour du “chapeau qui tourne”…

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Yoan Maury est professionnel depuis dix ans au sein du groupe Sabayo et de la troupe des Farfadets. Musicien de scène et comédien, engagé dans les mobilisations des intermittents du spectacle, il est aujourd’hui secrétaire du syndicat CGT Spectacle Auvergne et nous donne sa vision de la situation des métiers de la culture.

Où en sont les intermittents ?

Le statut des intermittents a été dès l’origine conçu, puis porté et élargi à travers les grandes luttes sociales comme 1936 et 1968. Il y a eu de multiples attaques depuis 1992 contre ce régime d’emploi-chômage des artistes, cadres, techniciens et ouvriers intermittents qui sont salariés dans les spectacles, le cinéma et l’audiovisuel. Des coordinations ont organisé une riposte vigoureuse avec notamment les grandes luttes de 2003, dont Avignon. Les enjeux ont à chaque fois été, inséparablement, les conditions de travail, les statuts spécifiques aux différents métiers, ainsi qu’une conception de la culture, de sa diffusion, de sa démocratisation, de sa place dans la société. Le slogan de 2003, “La culture n’est pas une marchandise”, concentre assez bien ces différents enjeux. La réforme de 2003, en modifiant les conditions d’accès au statut, a exclu de nombreuses personnes transformées en “précaires structurels”. Le nombre d’intermittents a fortement diminué, sans que la réforme réalise les objectifs affichés en termes de résorption du déficit. En Auvergne, la CGT Spectacle estime qu’il est passé de 1 000 à 700 ces dernières années, et se rapproche de 600 aujourd’hui.

Quels sont les enjeux actuels autour de la culture ?

C’est d’abord la perte d’un régime spécifique qui conduit de nombreuses personnes vers le RMI, le travail au noir, voire le découragement. Les conditions de travail des musiciens régressent vers les formes du “chapeau qui tourne”, dans les concerts de bar par exemple. Certaines institutions choisissent de mettre en avant les pratiques “amateurs”, et une directive européenne vise à faire exploser le champ professionnel. Les festivals tendent à se polariser entre les gros, qui mettent en avant des têtes d’affiche, et les petits reposant sur des bénévoles dans un cadre communal. Une troisième voie, celle que nous défendons et qui vise à irriguer le territoire par une “culture pour tous”, devient de plus en plus étriquée aujourd’hui. La politique culturelle des collectivités tend également à se polariser : le Conseil général continue à viser le territoire, avec des aides à la production, à la création, etc., et le Conseil régional semble se concentrer sur des événements institutionnels, comme le festival Europa Vox. L’État poursuit de son côté une politique visant à instaurer dans la culture comme ailleurs une véritable “révolution conservatrice”. Plus généralement, le contexte est aussi celui de l’explosion des formes artistiques, avec des pratiques très individuelles ou “alternatives”, qui mettent de côté la question des droits sociaux, et en arrière-plan une “culture de masse” déconnectée du territoire et soumise à la marchandisation du monde.

Propos recueillis par C.M.


Date de création : 06/11/2008 @ 10:53
Dernière modification : 06/11/2008 @ 11:00
Catégorie : Dossier
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