À la campagne - Un outil pour regarder l’avenir

AGRICULTURE ET RMI

Un outil pour regarder l’avenir

La Mutualité sociale agricole (MSA) du Puy de Dôme1, organisme de sécurité sociale pour le secteur agricole, a son propre service de neuf travailleurs sociaux. Marie Thérèse Baudeau et Christine Courtheix, assistantes sociales, suivent les familles en situation délicate.

« Notre mission concerne uniquement les actifs en difficulté, » expliquent elles, « c’est à dire les entreprises agricoles, les salariés d’organisations ou d’exploitations agricoles. Le RMI est attribué par le Conseil général à ces personnes à titre dérogatoire : elles peuvent en même temps continuer à exercer leur activité, et cela pour une période renouvelable de six mois ou un an. Le paiement de l’allocation est lui aussi réalisé par la MST, et non par la CAF comme pour les autres allocataires. »

Un décalage flagrant

En 2007, 204 dossiers2 ont été traités, pour un total de 213 personnes bénéficiaires – 21 avaient moins de 35 ans, 149 entre 35 et 55 ans, et 43 plus de 55 ans. En termes de versements, cela ne représente que 2 % du total du Puy de Dôme, mais cela reflète néanmoins une réalité douloureuse : surendettement, crises sanitaires, conjoncturelles, personnelles ou conjugales, isolement, auxquels s’ajoute l’environnement spécifique d’un monde rural en pleine mutation. Le financement parfois abusif des banques (surtout une…) a longtemps permis que vivotent cahin caha nombre d’exploitations en difficulté, en même temps que se creusaient les différences entre vie rurale et vie urbaine.

« Mais aujourd’hui le décalage est devenu flagrant avec une société dans laquelle les anciens voudraient perpétuer le schéma et les valeurs ancestrales, alors que les solidarités rurales se délitent et que la norme sociale est devenue urbaine », poursuivent les travailleuses sociales. « La réalité, c’est que pour certains agriculteurs les contraintes administratives sont ingérables, alors que pour d’autres l’outil informatique et Internet font partie du quotidien. »

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Un avenir obscur

Il n’est pas évident d’établir un “profil type” des situations difficiles. En coordination avec la Chambre d’agriculture3 et l’Association départementale pour l’aménagement des structures des exploitations agricoles (ADASEA)4 , les travailleuses sociales effectuent un diagnostic et revendiquent de mener « des actions curatives, sur le long terme », et non pas de délivrer des aides d’urgence. Pourtant, le RMI est parfois encore vécu comme un phénomène honteux – par crainte du qu’en dira t on, du fait que les institutionnels locaux ou les voisins puissent être au courant… Il peut aussi passer pour une stigmatisation du paysan, jugé incapable de mener correctement son exploitation.

Les difficultés sont pourtant largement dues aux réglementations, et à un travail administratif exigeant. De plus en plus d’agriculteurs ressentent un véritable stress, dû à la charge physique mais aussi mentale de leur travail. Ils ont de plus en plus de mal à définir leur métier, avec de fortes incertitudes sur l’avenir et une dépendance croissante aux fluctuations des prix sur les marchés mondiaux. On est bien loin du rêve d’être son propre patron, et de l’autosuffisance d’une production familiale…

Parfois, c’est aussi la solitude qui écrase la volonté et fait vaciller les plus courageux. Par endroits, le couple “standard” est devenu celui de l’agriculteur célibataire chaperonné par sa mère, reflet d’une certaine misère affective et sociale, parce que l’isolement ne laisse guère la place aux liens culturels, associatifs ou amicaux.

À mi chemin entre écoute et assistance technique, la mission des travailleurs sociaux de la MST peut aider les personnes à faire le point… Le but n’est pas d’expédier rapidement les dossiers problématiques par une allocation, mais de trouver une solution afin de pouvoir continuer l’activité. Le RMI est donc envisagé comme un outil transitoire, amenant à un moment précis une facilité budgétaire pour faire le lien avec un avenir apaisé, « dans le respect de la personne ».

L.R.

1. MSA Allier Cantal Puy de Dôme, 75, boulevard François Mitterrand, 63 041 Clermont Ferrand cedex 1, tél. 04 73 43 75 00 et 0 810 10 20 63.
2. Un par exploitation agricole – le département compte 6 939 exploitations.
3. Chambres départementale et régionale d’agriculture, 11, rue Pierre de Fermat, La Pardieu, 63 170 Aubière, tél. 04 73 44 45 46 et 04 73 28 78 30.
4. ADASEA du Puy de Dôme, 17, allée Evariste Galois, La Pardieu, 63 170 Aubière, tél. 04 73 44 61 20.

Date de création : 05/08/2008 @ 18:35
Dernière modification : 05/08/2008 @ 18:35
Catégorie : À la campagne
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