Quoi de neuf ? - Le silence des tatouages

Le silence des tatouages

Les médecins ont affaire au corps, mais les psychanalystes aussi. Selon Jacques Lacan, un des nombreux continuateurs de Freud, ils ont même affaire à plusieurs corps : le corps réel, le corps symbolique et le corps imaginaire. Les interprétations suivantes font référence à quelques thèmes familiers de la psychanalyse, afin d’éclairer la question un peu compliquée du sens des pratiques de tatouage et de piercing. Nous étions trois (neuf si l’on veut) pour interviewer un médecin généraliste qui pratique aussi la psychanalyse.

Rencontrez-vous beaucoup de personnes tatouées ? Quel sens peut-on y voir ?

Dans la pratique médicale, nous rencontrons souvent des patients avec des motifs de tatouages très divers, témoignant de significations très personnelles ; exemple, sur le dos d’une personne : un Christ tatoué les bras en croix. Je dirais que le tatouage est plutôt “silencieux” : les tatoués n’en parlent pas, ou très rarement. C’est plutôt un message sans parole, comme une écriture sur le corps, qui fonctionne par la monstration – le fait de montrer, un “donner à voir”. Cette question me semble importante, à mettre en relation avec la place prépondérante de l’image dans notre civilisation. Certains tatoueurs – pas tous – érigent en principe la formule “pas de douleur, pas de bon tatouage”.

La psychanalyse intègre cela à travers l’idée de “jouissance du corps” : ça ne se réfère pas à la notion de plaisir, mais à un au-delà du plaisir, où le sujet se met à l’épreuve à travers son corps, qui lui permet à la fois d’éprouver la douleur et de s’éprouver à travers elle. Par ailleurs, dans certains cas de maladie psychique de sujets souffrant d’une représentation dissociée de leur corps, le tatouage peut parfois aider à le “resserrer”, le “reconstruire” d’une façon plus cohérente, le corps étant comme “réuni” autour du motif du tatouage. Mais il ne faut pas négliger le rôle d’autres logiques, assez fréquentes chez les jeunes, comme le fait de marquer son appartenance à un groupe, et peut-être une forme de rite de passage, à une époque où le seul pour les adolescents reste le port d’un appareil dentaire…

Et le piercing ?

Là aussi, il y a souvent un effet de groupe et de rite chez les ados ; c’est aussi quelque chose qui se montre beaucoup, qui est même du côté de la parure. D’un point de vue analytique, le piercing évoque d’abord “faire un trou” dans le corps, dans lequel on introduit aussi un corps étranger. Qui plus est, ce trou est souvent placé en bordure d’un orifice : bouche, nez, sexe, oreille, qui sont pour la psychanalyse autant de zones pulsionnelles. C’est faire un trou dans le corps, y “border” quelque chose de la pulsion, toujours avec une signification personnelle parfois énigmatique. On retrouve aussi la notion de douleur dans certains piercings.

Propos recueillis par C.M. et D.C.

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Date de création : 05/08/2008 @ 17:25
Dernière modification : 05/08/2008 @ 17:25
Catégorie : Quoi de neuf ?
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