Quoi de neuf ? - Le tatouage et l’ordre social

POINT DE VUE

Le tatouage et l’ordre social

En 2008, pour la première fois, la loi française réglemente spécifiquement le tatouage et le piercing. Un décret du 19 février précise les conditions d’hygiène, d’information des clients, de déclaration et de formation des professionnels, ainsi que les modalités d’autorisation parentale pour les mineurs. Des dispositions spécifiques s’appliquent au perçage du pavillon de l’oreille et de l’aile du nez par la technique du pistolet perce-oreille : il s’agit en fait d’éviter aux bijoutiers les contraintes de ce décret. Il faudrait quand même pas confondre !

Deux mois auparavant, après des années d’atermoiement des parlementaires sur le sujet, l’Académie nationale de médecine avait adopté un rapport dont les auteurs ont sans doute voulu, si l’on peut dire, “enfoncer le clou”. Au milieu de développements savants sur les risques sanitaires, on peut lire :
« (Ces modifications corporelles…) traduisent plusieurs états : perception négative des conditions de vie, mauvaise intégration sociale, souci d’amélioration de l’image de soi, précocité des rapports sexuels avec grand nombre de partenaires, homosexualité, usage de drogue et consommation d’alcool, activités illicites et appartenance à un « gang », mauvaises habitudes alimentaires. (…). Il en ressort que, même si toutes les couches sociales sont concernées, surtout à cause d’un indiscutable phénomène de mode, ces pratiques, réalisant plus ou moins des marqueurs identitaires ou d’appartenance à un groupe social, sont plus le fait de populations fragiles (adolescents, délinquants, individus en proie à un mal-être et ayant besoin d’af-firmer leur identité, sujets incarcérés…) ou ayant une conduite à risque (addictologie, précocité et multiplicité de la sexualité). » (fin de citation, consultable sur www.academie-medecine.fr/recherche.cfm)

Il n’est malheureusement pas rare que, sous prétexte de légitimité scientifique, s’expriment les préjugés sociaux les plus rances, traduisant le mépris des classes populaires, des jeunes, des homosexuels. Hier, c’était au sujet de l’amiante (voir Exclusif n° 19), l’arrogance vis-à-vis des ouvriers qui, c’était bien connu, buvaient trop, fumaient trop, étaient négligents et imprévoyants, et donc responsables de leur cancer…

Les tatoueurs n’ont pas apprécié. Le syndicat national des artistes tatoueurs a lancé un “appel à tous les tatoués et tatoueurs de France” pour que tous portent plainte pour propos diffamatoires et homophobes (www.s-n-a-t.org).

Cerise sur le gâteau, ces bons médecins, après avoir dénoncé les classes dangereuses, donnent une idée de leur idéal social en précisant qu’ils présentent ces recommandations « à défaut de pouvoir imposer aux tatoueurs et perceurs ainsi qu’à leurs clients de souscrire des contrats d’assurance spécifiques qui éviteraient que l’indemnisation d’éventuels dommages résultant de ces pratiques ne vienne grever le budget des caisses d’assurance-maladie (…) ».

Académiciens, bijoutiers… on avait oublié les assureurs. L’ordre marchand au secours de l’ordre moral, c’est beau comme l’antique, non ?

C.M.


Date de création : 05/08/2008 @ 17:06
Dernière modification : 05/08/2008 @ 17:06
Catégorie : Quoi de neuf ?
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