Quoi de neuf ? - Mon mai 1968

Mon mai 1968 par un militant étudiant clermontois

Un lecteur d’Exclusif, qui fut un militant étudiant clermontois, a accepté d’écrire quelques lignes sur “son” mai 68.

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« Quand je me souviens de ma belle enfance
et des boniments que j’ai entendus
sur le mois de Mai et ses espérances,
j’étais l’oiselet piégé dans la glu… »
Pierre Mac Orlan

C’était il y a quarante ans… J’avais alors 21 ans… Ce mois de mai a été une fête permanente, une découverte de chaque instant, une prise de conscience évidente.

Des souvenirs, des anecdotes bien sûr, mais ce qui est le plus important à mes yeux est ce qu’il reste de ce fol mois. Certains parlent de l’héritage, d’aucuns voudraient en finir avec cette page d’histoire….mais peut-on faire fi de ce qui a été une immense espérance de toute une partie de la population ?

Pour ceux de ma génération, il y a eu avant et après mai 68. À une société un rien figée, campée sur des valeurs traditionnelles, ont répondu le désir d’un autre type de relations entre nos pères et nous, une autre façon de considérer les choses. Un exemple parmi tant d’autres : qui se souvient encore des traditionnelles “distributions des prix” qui clôturaient l’année scolaire ? En présence des autorités – un préfet ou un conseiller général –, le prof le plus récemment nommé, dans le grade le plus élevé, y allait de son discours, en général sur le thème de la vertu… Et les élèves attendaient patiemment qu’on les appelle enfin pour recevoir leur prix… un livre bien sûr.

Mai 68 a balayé tout ça.

Lors des immenses manifestations clermontoises, nous nous retrouvions, assis côte à côte, sur la chaussée, devant la préfecture, en compagnie de nos professeurs, ces universitaires qu’on considérait alors comme des mandarins et que je découvrais, en ce qui me concerne, comme des êtres humains qui n’étaient pas que des cerveaux auteurs de thèses forcément au programme et bien souvent rébarbatives. J’ai ainsi découvert l’humanité, l’écoute attentive de Roger Quilliot, de Jean Ehrard ou Pierre Estienne et quelques autres éminents professeurs. Les étudiants osaient discuter ou s’opposer, ce qui aurait été tout bonnement inconcevable auparavant.

Mai 68, ce fut aussi la fête. Qui se souvient encore de ce “restaurant” ouvert dans la faculté des Lettres ? On allait déjeuner, mal mais pour trois fois rien, chez Marion – qu’est-elle devenue ? Bien vite , les salariés du CROUS sont venus la conseiller, lui suggérer des idées et tout cela dans une “camaraderie” parfaite et de circonstance.

Qui aurait pu penser que certains jours de grande manifestation parisienne, ma sœur, alors étudiante à la Sorbonne, me téléphonerait d’un café du boulevard Saint-Michel à la loge de la conciergerie de la fac de Lettres, pour me faire entendre en direct les clameurs de ces manifestations ? La concierge me faisait alors appeler.

Nous passions des soirées, que dis-je, des nuits blanches car nous occupions la fac. Nous aimions nous faire peur. Des rumeurs couraient : les flics allaient attaquer à minuit pour nous faire évacuer (forcément à minuit). L’information était sûre. Le père de Georges, flic de son état, l’avait fait savoir. Bien sûr, il ne se passait rien.

Que voulions-nous ? Changer la société ? Peut-être… Changer les institutions ? Je ne crois pas…. On lisait Marcuse, Ivan Illich, Kerouac et quelques autres. On ne savait pas trop ce que l’on voulait, mais on voulait le faire ensemble. J’ai gardé de cette période le goût des manifestations ; c’est pourquoi je continue à manifester en quête de ces rumeurs, de ces odeurs, de ces saveurs qu’offre la rue quand le peuple la possède…

Non. Je ne laisserai personne démolir mon mai 68. Si je suis ce que je suis, c’est en grande partie parce que j’ai vécu cette période en tant qu’acteur, et aux premières loges ; ma vieille 2CV (202 CA 15, nous l’avions baptisée Hortense) était en tête de nombreuses manifestations.

J’ai récemment assisté à un débat à propos de mai 68 et plusieurs participants ont formulé ce sentiment que je partage avec eux : nous ne sommes pas sortis intacts de ces quelques semaines folles. Nous sommes des enfants de ce mois de mai, qui a accouché de nous et nous a transformés, nous a forgés et nous a appris à penser, à garder un esprit critique et une certaine distance face à l’actualité.

À la mi-juin, je suis repassé à la fac… Quelques étudiantes balayaient des couloirs désespérément vides… C’était fini… Du moins en apparence. De Gaulle avait parlé, la chambre des députés avait été dissoute, les élections qui ont suivi ont vu le “triomphe” de la droite. C’était fini ? Est-ce bien sûr ?

Yves Armandet

« Que sont mes amis devenus
Que j’avais de si près tenus
Et tant aimés… »
Rutebeuf

Date de création : 13/06/2008 @ 16:03
Dernière modification : 16/06/2008 @ 17:02
Catégorie : Quoi de neuf ?
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