Dossier - C’est grave, docteurs ?

Boulot bobo

C’est grave, docteurs ?

Les médecins du travail sont confrontés à l’évolution des conditions de travail. Ceux qu’a rencontrés Exclusif ont de plus en plus souvent affaire à la “souffrance au travail”.

« On constate un mal-être, un manque de reconnaissance, une perte du sens du travail. Les gens parlent de fatigue anormale, de tension nerveuse, de non-respect : le mot “respect” revient très souvent. » La conviction de ces médecins du travail – plus de cent années d’expérience à eux cinq – est qu’à la fois les problèmes augmentent et les salariés en parlent davantage. Toujours plus « d’intensité et de quantité de travail, de contrôle et d’évaluation, d’individualisme, de suppression de postes, et aussi de non-tolérance à l’égard du travailleur qui n’est pas immédiatement efficace et rentable ». L’un des “toubibs” explique qu’il n’a plus le temps d’aller dans les entreprises : « À cause de la souffrance mentale croissante, tout mon temps passe à recevoir les personnes à leur demande… »

Disparition du collectif

L’individualisation du travail s’est accrue depuis les années quatre-vingt, peu de secteurs ont été épargnés. Le cadre, l’ambiance qui créaient auparavant le sentiment d’appartenir à un collectif ont été mis à mal, aussi bien dans le travail lui-même que dans la vie sociale ou syndicale qui gravitait alentour. “Le métier”, c’était tout un contexte de valeurs, de règles, de choses à faire ou à ne pas faire ; on y cultivait ensemble solidarité, fierté du travail bien fait, reconnaissance sociale ; il pouvait même encadrer et limiter la dangerosité particulière de certaines tâches. Tout se passe comme si la mise à mal de ces groupes avait renvoyé les salariés à des tensions individuelles de plus en plus déstabilisantes.

“Apnée”, danger !

En ce sens, expliquent les médecins, « le harcèlement est une “pathologie de la solitude” : il y en a toujours eu, mais auparavant il y avait une réaction collective face à cela. Un des effets pervers de la loi sur le harcèlement, c’est qu’on cible une personne, le harceleur, et non pas l’environnement qui fait qu’elle en est arrivée là. Le médecin du travail est toujours là pour entendre la souffrance. De plus, nous pouvons agir en informant un employeur et le CHSCT1 que nous voyons beaucoup de cas de ce genre dans leur entreprise… »

Le stress, définition actuelle :
“Réaction de l’organisme face aux modifications, exigences, contraintes ou menaces de son environnement. C’est une réaction normale d’adaptation à un environnement qui évolue constamment. Lorsque les capacités d’adaptation d’une personne sont submergées, le stress peut provoquer des troubles psychiques ou psychosomatiques.”
Eux aussi en plein essor, puisqu’ils représentent aujourd’hui près de 70 % des maladies professionnelles reconnues2, les “troubles musculo-squelettiques” (TMS) sont une autre conséquence de ces évolutions  : « Le stress est un des facteurs de risque des TMS, et les 35 heures n’ont rien arrangé : dans beaucoup de boîtes, les gens ont négocié des pauses qu’ils cumulent en fin d’horaires, et ils restent “en apnée” toute la journée de boulot… La santé n’est pas toujours au premier plan des négociations : les gens prennent encore des risques pour défendre leur emploi. Ainsi, on sait que les maladies professionnelles sont sous-déclarées3 : c’est au salarié de le faire, et il craint parfois que l’entreprise le sache, car il y a de fait une levée du secret médical pour les accidents du travail et ces maladies, lorsque le salarié les déclare à la Sécurité sociale. »

L’exercice se complique encore dans le cadre du travail précaire : les intérimaires sont soumis à des risques importants parce que multipliés par le nombre de postes différents qu’ils occupent, dans des entreprises variées auxquelles ils doivent s’adapter, souvent dans l’urgence. Leur aptitude est donc établie sur plusieurs métiers, et ils doivent passer une visite annuelle s’ils sont employés par la même agence, une semestrielle s’ils en ont changé… Du coup, il est souvent difficile d’organiser un bon suivi.

Et pourtant les médecins du travail peuvent être des soutiens précieux, garantissant la confidentialité, pour toutes celles et ceux qui ont “mal au travail”…

« L’idéal, ce serait de pouvoir transformer l’effort du travail en plaisir… » : Si vous le dites, docteurs…

C.M. & D.C.


1.Comité Hygiène Sécurité et Conditions de Travail.
2. En France, il y a eu en 1996 environ 10 000 cas de maladies professionnelles avec arrêts de travail, et en 2006, 42 300 cas ; les TMS étaient 13 100 en 2000, et 29 300 en 2006.
3. En 2006, un peu plus de 700 000 accidents du travail ont été déclarés officiellement, un chiffre à peu près stable par rapport à 2005 (source CNAM).

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Date de création : 11/06/2008 @ 17:45
Dernière modification : 11/06/2008 @ 18:10
Catégorie : Dossier
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