Dossier - Le salaire de la peur

Le salaire de la peur

Paradoxalement, la profusion médiatique ne nous a guère facilité la tâche pour élaborer ce dossier. Entre les guides pratiques “Soyez performants”, la dernière technique miracle de gestion du stress, la fausse neutralité d’articles mi-chèvre, mi-chou, véhiculant en fait la soumission à l’air du temps, et toutes les ficelles du “bon sens” visant à nous faire croire que les Chinois, eux, ne se plaignent pas, on pouvait se lasser !

Tout se passe comme si cette question ne pouvait plus être évacuée sous le prétexte d’une “allergie au travail” des jeunes générations ou de la fragilité psychologique de telle ou telle personne, tout en n’étant pas encore prise en charge par des formes collectives de mobilisation – comme pour les salaires, les statuts, la retraite. En attendant, chaque définition ou projet de réforme est un enjeu de lutte entre syndicats et patronat, sociologues et consultants, chez les médecins ou les juristes. Stress, violence, harcèlement, conduites addictives, suicides, la liste s’allonge. Sont interrogées de plus en plus précisément l’intensification et l’individualisation du travail, les nouvelles formes de management, de contrôle, de rémunération, de gestion par le stress, et la banalisation de la “brutalisation” des rapports.

Le 12 mars 2008, le ministre du Travail a donné des chiffres en recevant un rapport sur le stress : il coûterait de 3 à 4 % du PIB1 dans les pays industrialisés. Rappel : à en croire les gazettes, à 1,5 % de croissance annuelle du PIB nous sommes en faillite, et tout à fait prospères à 3 %. Ne serait-il pas judicieux de chercher à s’attaquer aux causes du stress ?

Pour la France, ces 3 % équivalent à 60 milliards d’euros. Le plan de rigueur que prépare le gouvernement vise, au mieux, à “gratter” 7 milliards. Combien rapporte l’intensification du travail ? Combien coûte la souffrance au travail ? Actionnaires, à vos calculettes !

L’écrivain Gérard Mordillat donne une autre interprétation : « En réalité, le stress est un faux nez pour ne pas nommer par son nom le mal qui ronge le monde du travail : la peur. Peur de faire mal, peur de ne pas faire assez, peur de ne pas aller assez vite, peur de manquer, peur de perdre son emploi, peur de ne jamais en retrouver. La peur qui est désormais le poison inoculé quotidiennement… Pour que chacun reste à sa place dans un capitalisme bien gardé. La peur qui est désormais le salaire de tout un chacun… »

1. Produit intérieur brut annuel du pays.

Date de création : 11/06/2008 @ 17:33
Dernière modification : 11/06/2008 @ 17:34
Catégorie : Dossier
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