Méli-mélo - Livres - Un long fleuve tranquille ?

Au coeur des ténèbres

Un long fleuve tranquille ?

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Embauché par une compagnie belge, Marlow, officier de la marine marchande britannique remonte un fleuve au cœur de l’Afrique Noire. Sa mission : retrouver la trace de Kurtz, directeur d’un comptoir commercial et collecteur d’ivoire efficace dont les employeurs n’ont plus de nouvelles.

Au cœur des ténèbres est le roman d’un personnage absent, Kurtz, figure nébuleuse qui ne se concrétise physiquement qu’à la toute fin du récit. Tour à tour loué, fustigé, regardé avec peur, il est l’enjeu de la descente hallucinée du narrateur vers les profondeurs de la jungle, métaphore évidente d’une lente dérive psychologique depuis la civilisation jusqu’aux zones les plus obscures de la nature humaine.

Avec une écriture dense dans laquelle les impressions sensorielles abondent, Joseph Conrad donne à la forêt une atmosphère où l’inquiétude le dispute à l’angoisse. Le style imite la nature. Et dans ce décor où rien ne se révèle facilement, Marlow s’interroge, fantasme Kurtz dont le mystère semble aussi épais que celui de la jungle. Chaque étape de la navigation s’apparente à une nouvelle marche vers la nuit, un processus de déshumanisation qui frappe aussi bien le marin que les membres de l’équipage du vapeur et les colons qui les accompagnent. La peur est là pour ces hommes, isolés sur une terre dont ils ne saisissent presque rien, dans un âge oublié, fait de barbarie primitive et d’une communion inquiétante et fascinante avec la nature. Car ici, c’est elle qui règne sur l’homme, loin de l’Europe industrielle et impérialiste.

Conrad ne manque d’ailleurs pas de charger violemment le colonialisme. Colons rapaces, comptoirs pouilleux semés sur les côtes du continent, esclaves en équilibre entre vie et mort, le tableau est noir et sans concessions. L’horreur saisit parfois le lecteur devant tant de cynisme et lorsque s’achève le récit, il est difficile de ne pas mettre en parallèle la sauvagerie d’un Kurtz divinisé par sa tribu et la folie institutionnalisée des prédateurs européens.

Au terme d’une centaine de pages, le récit s’achève sur une impasse, sans que l’énigme Kurtz n’ait trouvé de réponse claire. Seule demeure l’impression d’un aller-retour cauchemardesque vers les origines.

Ce roman a servi de base au scénario du film de Francis Ford Coppola, Apocalypse Now.

S.J.

Au cœur des ténèbres, Joseph Conrad, Flammarion, 214 pages, 5,04 euros

Date de création : 27/02/2008 @ 17:50
Dernière modification : 27/02/2008 @ 17:50
Catégorie : Méli-mélo
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