Méli-mélo - Livres - Pas Londres d’un doute...

Mother London

Pas Londres d’un doute...

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Michael Moorcock est anglais mais on peut aisément lui pardonner cet accroc au bon goût. C’est aussi, et heureusement, un auteur aux idées larges qui n’hésite pas à s’écarter des sentiers de la « dark fantasy » pour s’en aller mettre la main à quelques oeuvres magnifiques et trop souvent méconnues. Le style neutre des productions effrénées (cf le très moyen cycle de Corum) cède alors la place à une écriture élégante, pleine et achevée, qui rend plus sûrement compte du talent de l’écrivain britannique. Gloriana en est d’ailleurs le parfait reflet.

Mother London appartient au meilleur de la bibliographie de Moorcock. Dans ce récit fait d’incessants allers-retours entre passé et présent, il entrelace les destins de trois personnages singuliers, affublés de perceptions surnaturelles qui les condamnent à être exclus de la société londonienne, et qui traversent près d’un demi-siècle de l’histoire de la ville, entre le Blitz et la fin des années Thatcher. Il y a Josef Kiss, dandy débonnaire, acteur de théâtre et grand buveur. Il y a aussi Mary Gasalee que les bombes ont miraculeusement épargné et qui sort d’un coma de quinze ans peuplé de rêves étranges. Et enfin David Mummery, habité par des visions et des légendes d’un Londres souterrain et de son peuple sans visage. Tous font, on s’en doute, de nombreux séjours en hôpital psychiatrique.

Ne cherchez pas en vain de trame car il n’y en a pas (ou si peu). L’histoire du livre, c’est celle (avec un H démesuré) de la cité elle-même, ce Londres où s’entassent les strates culturelles et sociales comme autant de doubles fantomatiques dont ils ne restent de traces que dans une architecture entassée, où l’antique fusionne avec le moderne. Nos trois fous supposés, assaillis par des voix confuses qu’ils ne peuvent contrôler, errent ainsi au hasard des rues et des quartiers d’une ville dont les changements semblent conditionnés par le traumatisme du Blitz. Dans les pas de ces guides perspicaces nous nous glissons d’une époque à l’autre, d’un climat mental à l’autre, écoutant les pensées intimes et vulgaires, les espoirs sourds des Londoniens et leurs désespérances.

Mother London témoigne surtout de l’acuité de la vision de Moorcock, de sa capacité à capter une espèce de conscience propre à Londres et la restituer avec une puissance rare à travers ses héros fragiles, devenus extensions du monstre urbain plus qu’êtres à part entière. Roman d’ambiance, parfois lent, décousu en apparence, mais toujours d’une grande générosité, Mother London est sans doute l’œuvre la plus intime de son auteur.

SJ

Mother London, Michael Moorcock, Folio SF, 8,90 euros

Date de création : 27/02/2008 @ 17:44
Dernière modification : 27/02/2008 @ 17:51
Catégorie : Méli-mélo
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