Points de vue de travailleurs sociaux

« On est piégés par les contextes »

Comment se débrouille un travailleur social avec des sans papiers ? Dans le Puy-de-Dôme, leur première étape est souvent le Service d’accueil et d’orientation1, qui les soutient dans leurs premières démarches et finance une semaine d’hébergement. Puis d’autres travailleurs sociaux interviennent… avec bien peu de moyens. « Souvent, les familles arrivent “de nulle part”, explique Marie, avec des situations compliquées où tout est à faire parfois avec l’aide de compatriotes déjà installés ici : logement, santé, ressources… plus l’obstacle de la langue. Il faut donc faire appel au Clisma2, où un interprète n’est pas forcément disponible en urgence : c’est infernal ! » Yasmina, qui travaille avec des jeunes isolés, a aussi du mal à “faire le point” : « Leur récit de vie est souvent imprécis, et ils supportent mal d’y revenir encore et encore… On peut le comprendre, mais ce récit est très important pour qu’on puisse les soutenir, notamment à préparer l’interrogatoire qu’ils vont subir à l’OFPRA… »

Seules ressources pour les familles : la prise en charge d’un logement d’urgence – fréquemment un hôtel très bon marché – et une petite allocation alimentaire, versées par le Conseil général au titre de la protection de l’enfance. Marie :
« On est très limités dans notre action, avec très peu de partenaires possibles : les associations caritatives, et puis le système D… Ce n’est pas un travail social satisfaisant car on ne les aide pas comme on devrait, et surtout on n’en voit pas l’issue. » Yasmina en arrive à s’interroger sur le fond de son métier : « Avec ces jeunes qui n’ont aucun problème de comportement et ne demandent qu’à s’intégrer, on ne peut que rester sur le présent, essayer de les soutenir, mais sans bâtir aucun projet éducatif, à l’inverse de notre travail habituel. J’en arrive à me surveiller quand j’écris mes rapports : et si ça allait être utilisé contre eux ? » Terrible doute…

« On est piégé par les contextes politiques, et on est mal formé pour ces situations », poursuit-elle, à l’unisson de Marie pour exprimer un fort besoin de formation : « On ne maîtrise pas toute cette législation, qui évolue tout le temps ; le service social d’aide aux émigrants (SSAE) était très compétent, mais il n’existe plus… »

G.D., M.L. & D.C.

1. SAO de l’ANEF, 13 avenue Édouard Michelin, 63000 Clermont-Fd, tél. 04 73 74 66 00
2. Comité de Liaison Inter-Service Migrants Auvergne, 5 rue des Hauts de Chanturgue, 63100 Clermont-Fd, tél. 04 73 74 90 55.

Date de création : 17/11/2007 @ 17:48
Dernière modification : 27/02/2008 @ 19:16
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