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Une année sans papiers

Fils d’une famille de quatre enfants, élevé par une maman secrétaire, Edgar vit à partir de 1993 les trois guerres civiles qui déchirent son pays, le Congo Brazzaville. En 1998, la situation devient dangereuse pour les jeunes qui peuvent être accusés d’être des rebelles. A 25 ans, il s’enfuit vers la Côte d’Ivoire voisine. Il s’inscrit en fac de droit, fait des petits boulots pour compléter les sommes envoyées par sa mère ou son frère aîné, avocat au Canada. En 2003, la Côte d’Ivoire aussi entre en guerre civile : il doit à nouveau quitter un pays…

Son frère tente en vain de le faire venir en Amérique du nord. « J’ai essayé la France », dit-il : « pour nous la France, c’est la “mère” ». On lui vend un passeport : reste à changer la photo et suivre les consignes, c’est-à-dire ne jamais en avouer l’origine et le détruire à l’arrivée. A Paris, pas de problèmes, Edgar s’exprime bien. Il rejoint des compatriotes dans le 93 et détruit le passeport. Là, il est vraiment sans papiers : « sans identité, nu ».

Un soir, il va écouter de la musique congolaise. Les artistes sont clermontois et l’invitent en Auvergne. Il accepte car à Paris, les rafles de sans-papiers sont de plus en plus fréquentes. À Clermont, il joue de la musique traditionnelle, payé de la main à la main dans des mariages. Mais sortir devient un problème, il a peur. Comme il a vécu la guerre à plusieurs reprises, il fait une demande d’asile auprès de l’OFPRA, refusée sans même qu’il soit convoqué. N’ayant pas les moyens de prendre un avocat, il assure lui-même sa défense en commission de recours.

En attendant la réponse, très lente, on lui délivre un “titre de demandeur d’asile”, qui ouvre droit à une allocation de 300 €. Il peut s’acheter un blouson, ouvrir un compte à la poste et quitter l’appartement de ses compatriotes pour prendre un studio. « J’étais devenu libre », avoue-t-il, « j’allais pas vieillir comme ça, j’allais chercher l’amour… »

Edgar le trouve. Les parents de son amie acceptent le jeune homme et sa situation ; ils hébergent le couple, un bébé va bientôt naître. La réponse de la commission de recours tombe alors : négative. Mais lorsqu’on est parent, on peut obtenir un titre de séjour d’un an, renouvelable deux fois. Edgar reconnaît son enfant à la mairie, avant la naissance début 2006. Il garde précieusement les preuves qu’il s’en occupe bien car, au bout de trois ans, il pourra demander une carte de résident. En attendant, il a le droit de travailler et se fait embaucher sur le chantier du tram, notamment devant la fac de droit… à laquelle il s’inscrit, poursuivant ses études et son destin.

fp

Date de création : 17/11/2007 @ 17:12
Dernière modification : 27/02/2008 @ 19:05
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