Portrait

« L’humiliation… tout le temps »

En 1985, à 20 ans, Ghalib arrive du Moyen-Orient avec un titre de séjour d’étudiant, renouvelable tous les ans sous réserve de justifier d’une assurance sociale et civile, d’un logement, d’une inscription en fac et d’un passeport en cours de validité. En 1991, à 26 ans, il n’a plus droit à la Sécu étudiante et il met trois mois pour souscrire à une onéreuse couverture sociale privée ; entre-temps, la préfecture refuse de renouveler son titre de séjour… Il n’a plus aucun droit, c’est le système D qui l’attend : petits boulots au noir, sous-location, nom d’emprunt… Il n’est pas très entouré car « ce mode de vie éclate les relations ».

En 1997, la circulaire Chevènement offre une possibilité de régularisation que Ghalib sollicite, avec l’aide de la Cimade, mais en vain : « Je ne rentrais pas dans la catégorie régularisable ». Autre solution : atteindre les 15 années de présence sur le territoire français pour faire appliquer l’ordonnance de 19451. On lui conseille alors de faire une demande d’asile pour attendre l’année 2000 sans être dans l’illégalité, mais en 1999, il est débouté.

En 2000, les 15 ans sont atteints, mais la préfecture rejette sa demande de régularisation début 2001 car il n’a « pas de preuves probantes » de ces années de présence… Un an plus tard, il fait l’objet d’un arrêté de reconduite à la frontière. Des policiers le conduisent au centre de rétention de Lyon. « Ils partaient avec l’idée que j’avais forcé la main de l’État, mais ont découvert que je n’avais rien à voir avec le monstre auquel ils s’attendaient. » Cinq jours après, il est relâché pour vice de forme… En juillet 2003, il obtient enfin son premier titre de séjour d’un an et peut travailler dans la légalité, enchaînant les boulots jusqu’à un contrat de 30 mois. Mais il se heurte toujours à l’administration : pour le dernier renouvellement de ses papiers (qu’il paye 55 Ä), faute de passeport encore valide, on lui remet un récépissé, puis un autre, puis un autre… jusqu’à lui remettre enfin son titre de séjour trois jours avant sa date d’expiration ! Ça tourne au parcours du combattant : « L’humiliation, on la sent tout le temps : à la préfecture, ailleurs, on ne sait pas ce qui va nous arriver. »

« On fait du spectacle pour dire : “ils viennent manger notre pain”. »  Voilà ce que pense Ghalib de la « propagande » de l’actuel gouvernement sur les sans-papiers. « Il y a des personnes qui font tout pour gâcher et ce pays et les droits de l’homme, et il semblerait qu’ils réussissent de plus en plus. »

Pour lui, la France n’est de toute façon pas capable, logistiquement, de renvoyer les sans-papiers : « Au rythme des 25 000 par an, il faudrait 16 ans ! Ce n’est pas une vraie politique d’expulsion, plutôt un truc pour faire plaisir à une partie de l’électorat. » Aujourd’hui, Ghalib assume sa vie avec ses hauts et ses bas, car il n’est pas homme à regretter.

fp

1. Elle permettait une régularisation « à la longue » (voir p. 4). Elle n’est plus en vigueur depuis les dernières lois.

Date de création : 17/11/2007 @ 16:31
Dernière modification : 27/02/2008 @ 19:01
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