Portrait

Une vie en suspens

Un matin de 2005, Mbay, 16 ans, accompagne son père qui part en voiture distribuer des tracts du FLEC1. En Angola où la guerre civile a duré plus de 30 ans jusqu’en 2002, des troubles persistent dans cette région de Cabinda. Des policiers effectuent un contrôle de routine, tombent sur les documents et embarquent père et fils au commissariat. Mbay ne reverra plus son père.

Mbay subit un passage à tabac de trois jours, les policiers le harcèlent de questions : « Pour qui travaille ton père, depuis quand ? » Il n’a pas de réponse. Le quatrième jour, sa tante intervient et paie pour le faire libérer. Les policiers le mettent dans le coffre d’une voiture et procèdent à l’échange loin des regards. Il passe une semaine caché avant de quitter son pays avec l’aide d’un passeur qui l’amène à Paris et le laisse sur ces mots : « Tu dois quitter Paris, désormais on ne se connaît pas. »

Gare du Nord, livré à lui-même, ne parlant pas français, Mbay cherche à communiquer en portugais. Un homme qui parle français et espagnol lui propose de l’emmener à Clermont-Ferrand et l’héberge pour une nuit, puis l’aiguille vers la cité administrative. Impuissance des employés : « Ils ne savaient pas quoi faire pour moi. » Mais l’une s’acharne à lui répéter un mot inconnu : « préfecture, préfecture ». Il passe sa première nuit dehors, le ventre vide.

Le lendemain, à un arrêt de bus place Delille, il tente de repérer dans le ballet des passants les noirs qui pourraient être Angolais. Il insiste auprès d’une femme pressée, Maria, qui part travailler mais parle portugais.

Elle l’emmène à Chôm’Actif. Le directeur de l’association, Jean-Louis M’Pélingo, prend les choses en main et oriente Mbay vers la bonne structure : mineur, il relève de l’Aide sociale à l’enfance, service du Conseil général. Après lui avoir donné un repas, le directeur le conduit au Centre de l’Enfance, à Chamalières, où un éducateur le reçoit et l’installe. Le Centre entame des démarches auprès de l’OFPRA. La demande d’asile est rejetée une première fois, puis une seconde lors du recours, malgré une défense assurée par une avocate.

Le 20 novembre 2007…

Aujourd’hui Mbay a 19 ans et suit une formation de menuiserie. Son récépissé de demande de carte de séjour, renouvelé tous les trois mois, doit expirer le 20 novembre. S’il avait un passeport angolais, il pourrait obtenir une carte de séjour d’un an. Mais pour obtenir un passeport, il devrait rentrer en Angola dont il ne pourra pas sortir… Situation ubuesque !

« Je suis à la limite d’être régularisé, à la limite d’être expulsé, c’est une torture psychologique, je ne peux rien construire, rien projeter. » Et pourtant Mbay croit sincèrement en la France, « un pays où les gens sont gentils, où on peut jouir des droits de l’homme. Ici on a quand même une chance : l’école est un outil très important, alors que chez nous c’est le bazar, la misère, il n’y a rien qui fonctionne… J’ai encore l’espoir, je compte les jours : encore 55 aujourd’hui… » En 2005, des papiers lui ont coûté sa liberté, aujourd’hui d’autres papiers pourraient la lui rendre… avant le 20 novembre ?

fp

1. Front de Libération de l’État du Cabinda, enclave militairement occupée par l’Angola.

Date de création : 17/11/2007 @ 16:25
Dernière modification : 27/02/2008 @ 19:01
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