C’est grave, docteurs ?

L’addiction et l’illusion du “gros coup”

Qu’est ce qu’une addiction ? « Ne pas pouvoir s’empêcher de répéter un comportement, tout en connaissant ses conséquences négatives : il y a une idée de répétition sans contrôle », définit le professeur Pierre-Michel Llorca, chef de service en psychiatrie de l’adulte au CHU de Clermont-Ferrand. De nombreuses addictions pathologiques apparaissent et se développent dans nos sociétés : alimentation, achat, sexe, Internet… et aussi les jeux d’argent.

« L’addiction au jeu reste méconnue dans notre pays, où peu de jeux étaient permis jusqu’il y a une dizaine d’années », précise le Pr Llorca, « le sujet reste tabou. » Il n’existe pas de chiffres officiels, mais depuis la libéralisation des jeux en France, la situation semble être sensiblement identique à celle des États-Unis qui recensent 3 à 4 % de joueurs pathologiques, plutôt de sexe masculin. Le médecin, qui a lui-même suivi huit patients en six ans, estime de cinq à dix le nombre de joueurs soignés chaque année dans la région.

Difficile de faire comprendre qu’il s’agit bien d’une pathologie et non d’un “vice”. Mais petit à petit, les gens le reconnaissent et viennent spontanément se faire soigner, ou sont orientés par leur famille ou les services sociaux. Il s’agit pour la plupart de joueurs de casino, issus de toutes catégories sociales – souvent des accros au “bandit manchot” –, pour lesquels le “grattage” n’est pas identifié comme un vrai jeu. Leurs problèmes de dettes sont souvent à l’origine de cette volonté de prise en charge, avec une constante : « Ils décrivent tous qu’à un moment, ils ont eu l’illusion que c’était rentable, et qu’ils étaient dans l’attente perpétuelle du “gros coup” », explique Pierre-Michel Llorca. De plus, « il s’agit d’une pathologie bien souvent co-morbide, c’est-à-dire liée, de par son contexte, à d’autres consommations addictives : alcool, tabac, cocaïne… Ces addictions ont des mécanismes biologiques semblables, et leur association est grave. » Deux médecins généralistes clermontois complètent ce point de vue, s’accordant sur l’effort de clandestinité souvent développé par les joueurs : « Les gens le cachent très bien, notamment les femmes qui ne sont pas épargnées par ce problème. Même placés devant l’évidence, ils nient et renvoient cela au passé : “Oui, ça m’est arrivé, mais c’est fini tout ça !” » Un des praticiens précise : « Je crois assez au “cumul des addictions”, à la tendance à passer de l’une à l’autre : l’alcool ou le jeu “remplacent” une toxicomanie, par exemple. Certaines personnes sont “addictives” parce qu’elles ont besoin d’être addictives… » Le travail du médecin passe alors par des rencontres régulières et un soutien à long terme.
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Comme pour d’autres addictions, la thérapie des joueurs pathologiques est à la fois médicamenteuse (avec des traitements anti-dépresseurs) et comportementale, avec des méthodes dites “cognitives” : le malade est exposé au contexte de jeu, de façon fictive ou réelle, tout en étant aidé à analyser et contrôler ses émotions. Par expérience, le Pr Llorca reconnaît que « les rechutes sont courantes, mais à long terme c’est efficace ».

L.P. & D.C.

Date de création : 25/02/2007 @ 01:54
Dernière modification : 26/05/2007 @ 19:40
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