Gérard, trente ans de jeu

« Pas encore guéri »

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Gérard a 17 ans lorsque, sur sa route de coursier à vélo, il croise l’univers du jeu. Entre deux courses, il fait des pauses et parie sur des chevaux : « Le jeudi, je faisais les jeux des collègues ouvriers. » Il acquiert de fait une certaine connaissance des hippodromes… Gérard travaille environ six ans, puis continue à jouer au “course par course” pendant une dizaine d’années avant qu’un ami lui fasse découvrir un autre univers, plus feutré, celui des casinos. Dans un premier temps, pas très intéressé, il reste spectateur. Mais peu à peu le “vidéo poker” va prendre une place croissante dans sa vie. « Au casino, on devient fou. » Gérard passe la majeure partie de ses jours et de ses nuits enfermé dans ce lieu, sans penser à boire, manger ou prendre l’air : il est happé par la machine. Il y a perte de la notion de temps, perte des repères. La réalité et son cortège d’ennuis le rattrapent dès qu’il met un pied hors du casino. Il réalise alors qu’il s’est mis dans une situation grave et culpabilise : « J’étais dans un engrenage. » Gérard joue tout ce qu’il a, et aussi tout ce qu’il n’a pas…

Il vit pour ça. Trouver de l’argent pour jouer, ou pour rembourser ses dettes, devient alors totalement obsessionnel. Il se brouille avec sa famille, ses amis et fait de mauvaises rencontres. Le mensonge s’installe. Il emprunte ou quelquefois prête de l’argent à des amis, contracte un crédit de 7 000 e, fait des chèques sans provision… Lorsqu’il perd, il veut toujours doubler la mise pour se refaire. Il perd parfois 1 500 e en moins de deux heures. « Je ne sais pas comment je faisais pour trouver tout cet argent. » Gérard continue mais il souffre beaucoup. À cette époque, il n’est bien que lorsqu’il dort, le seul moment où il ne pense pas à ses dettes, et lors de ses 26 km de randonnée dominicale : « J’oublie tout quand je marche. »

La jouissance de gagner

Trois tentatives de suicide et trois mois en hôpital psychiatrique n’arrêtent pas sa passion. Durant un an et demi, une tutrice s’occupe de lui : elle l’aide à faire reconnaître son invalidité, le limite à une centaine d’euros par quinzaine. Mais Gérard continue le jeu, trouvant des combines pour emprunter… Parfois il ne résiste pas à la tentation et joue une partie des revenus de sa mère, dans l’espoir de ramener plus d’argent, même s’il n’a jamais vraiment cru au gros lot. « Je ne suis pas encore guéri », dit-il aujourd’hui, à 47 ans. Mais les temps ont changé, et sa pratique également : il ne va plus au casino. Le jeu fait toujours partie de sa vie, mais de manière plus légère, plus apaisée : il n’aime pas les grattages, le Loto et l’Euro Millions, mais joue à Côté Match, les paris sportifs. Ses mises sont plus petites, ses gains aussi. Mais il trouve cela plus intéressant car il fait appel à des connaissances, à une culture sportive et plus seulement au hasard. Lorsqu’il gagne une petite somme, il pense à se faire plaisir, ou à son entourage, en achetant quelque chose. Il recherche de l’émotion, du suspense et évoque une certaine « jouissance » quand le match est gagné – ou que le cheval arrive… Son regard est mutin et sa sincérité totale.

F.P.

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Date de création : 25/02/2007 @ 01:19
Dernière modification : 26/05/2007 @ 19:39
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