PIERRE

Perdre et se perdre

Pierre, 42 ans, est professeur de tennis.
De son expérience du jeu, il garde des souvenirs amers...

Voilà une dizaine d’années, Pierre et ses amis passent une soirée à Royan, en Charente-Maritime. Avant de partir en boîte de nuit, ils décident de faire un petit tour au casino. Aucun d’entre eux n’est joueur, et c’est en candide qu’ils poussent les portes de l’établissement. Pierre pensait d’ailleurs que c’était un endroit inaccessible. Il joue cependant 50 francs aux machines à sous, et décroche en quelques minutes le jackpot : 30 000 francs (4 500 euros) ! La soirée se poursuit comme prévu en boite de nuit.

« Une époque destructrice »

aboule.gifUn mois plus tard, une sortie non programmée le ramène au même casino, où cette fois il perd 500 francs. A partir de ce moment, sa fréquence de jeu va peu à peu augmenter : tous les week-ends, et parfois en semaine durant son jour de repos. Travaillant alors à son compte, il bosse énormément, jusqu’à 70 heures par semaine, et « le jeu prend la place d’un défouloir ». Il joue en solitaire, le cache à ses amis ; la convivialité ne l’intéresse pas. Mais il a « besoin de jouer ». L’important gain qu’il a décroché au début est comme gravé dans sa mémoire, et lorsqu’il perd il veut toujours « se refaire ».

« On a envie d’avoir les choses tout de suite. La société est faite comme cela. » Cette immédiateté, cette impatience, Pierre en fait les frais : il veut de l’argent “facile”, n’est pas très prévoyant et ne se soucie guère de l’avenir. La retraite lui parait si loin… Il perd peu à peu la notion de l’argent.

Pierre décrit le casino comme « un endroit glauque », où la lumière naturelle ne pénètre pas, où il n’y a pas d’horloge… et où on ne se rend pas compte des sommes que l’on perd ou que l’on gagne. Bien qu’il se fixe un plafond à ne pas dépasser (2 000 à 2 500 F par soirée), ses pertes sont importantes et il se retrouve dans l’impossibilité de payer ses charges sociales. Ses parents interviennent alors : ils lui prêtent de l’argent, mais lui mettent une très forte pression pour qu’il arrête le jeu. Son amie de l’époque lui lance également un ultimatum. Cette période est très douloureuse, Pierre doit réagir. Il a de l’amour-propre, et veut montrer à sa famille qu’il est capable de s’en sortir – ce qu’il va réussir peu à peu, au prix d’un gros travail sur lui-même, sans autre aide que celle de ses parents.

Depuis un an, Pierre ne joue plus, à part un petit Loto de temps en temps. Lorsqu’il fait le bilan de ces dix années, il parle d’une « époque destructrice » dont il « a fait le tour », et il ne voudrait en rien la revivre car elle ne lui a rien apporté d’enrichissant. Il a perdu, s’est perdu...

F.P.



Date de création : 25/02/2007 @ 00:38
Dernière modification : 26/05/2007 @ 19:38
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