Les soins en prison

Médecin durant quinze ans à la maison d’arrêt de Clermont-Ferrand, Françoise Christofeul apporte son point de vue, notamment sur la loi de janvier 1994, une avancée incontestable. Elle marque l’entrée en force du monde médical dans le milieu carcéral afin “d’assurer aux détenus une qualité et une continuité de soins équivalentes à celles offertes à l’ensemble de la population”. Chaque centre de détention est alors rattaché aux urgences de l’hôpital le plus proche, et doté d’une équipe médicale constituant une Unité de consultations et de soins ambulatoires (UCSA). En théorie ses missions sont, outre le suivi médical des détenus, leur accueil selon une procédure bien précise afin d’évaluer leurs besoins, la prévention, l’éducation à la santé, et un suivi de l’hygiène générale.

« L’UCSA de Clermont, qui dépend du CHU – et du CHS Sainte-Marie pour la psychiatrie –, compte trois infirmiers à temps plein et un médecin trois demi-journées par semaine », précise le Dr Christofeul. « Le travail d’acceptation du soin par les détenus est énorme, car ils sont majoritairement issus de milieux pauvres, éloignés de la médecine. On voit beaucoup de pathologies infectieuses et surtout psychiatriques : 50 % souffrent d’addictions ou de psychoses. Mais l’irresponsabilité pénale est très difficilement reconnue ; il a été démontré que moins il y a de personnes soignées en HP, plus les prisons sont surchargées. Même si la prison est parfois l’occasion d’entamer une prise en charge médicale, notamment pour les victimes d’addictions, elle n’est pas un lieu de soin. En cours de détention, on voit surgir des pathologies dites “carcérales”, liées à la promiscuité, l’oisiveté, au manque d’hygiène et à l’enfermement. Après sept ans d’emprisonnement, les chances de réinsertion deviennent infimes. »

La prise en charge médicale en prison est donc loin de celle des autres citoyens, pour des causes multiples : surpopulation, manque de moyens et surtout difficulté d’établir des relations sereines entre médecine et administration pénitentiaire, notamment en cas d’urgence ou au sujet du secret médical. Ainsi les extractions des détenus pour une consultation de spécialiste ou une hospitalisation demeurent laborieuses, susceptibles d’annulation à tout moment (difficulté d’obtention de rendez-vous et d’autorisation de sortie, manque de personnel d’escorte, transfert impromptu, etc.). « Dans ce monde à part, le pénal l’emporte bien souvent sur le médical », conclut Françoise Christofeul.
L.P.

Date de création : 18/06/2006 @ 22:27
Dernière modification : 04/12/2006 @ 22:14
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