Graines de paysans


L’ADEAR 11 est ouverte aux projets les plus variés, du maraîchage ou de l’élevage classique à des productions alternatives. Exemples avec Frédéric, Johan, Patrick, Marie et Julien.

Frédéric Tedesco, 31 ans, est administrateur de l’ADEAR où il s’occupe notamment d’informer sur l’accession au foncier et d’organiser des “journées de solidarité”. Celles-ci consistent à réunir un maximum de bénévoles pour soutenir des projets en manque de moyens, par exemple en entretenant des clôtures, mais aussi en aidant à la “désinstallation” d’exploitants afin que leur cessation d’activité se déroule le mieux possible. Frédéric, lui, élève 50 brebis sur
30 hectares en fermage, et entretient un verger dont il tire du jus de pommes1 : « La seule solution pour vivre de si petites exploitations préférant la qualité à la quantité, c’est de casser les intermédiaires par la vente directe, mais aussi de penser à sortir un minimum d’argent plutôt qu’à en rentrer un maximum. Mieux vaut avoir un bon potager et aimer le mouton ! » Frédéric ne dégage pas un RMI de son activité. S’il n’a pas sollicité l’ADEAR en s’installant, il estime que son réseau d’informations et de personnes est essentiel.

De même, pour Johan Beddes, l’aide de l'ADEAR s’est limitée à la diffusion d’un courrier présentant son projet, et sollicitant des emprunts amiables sur deux ans. Il s’est spécialisé dans l’ortie qu’il récolte, transforme (en terrine, pesto, confiture, gelée, pâte de fruit, soupe, sel, sirop et ortie sèche), et vend grâce au statut de cotisant solidaire2. « S’il m'a bien aidé à démarrer, ça ne devrait pas durer, affirme Johan : je dégage déjà un SMIC. » Autre atout indispensable, car c’est là qu’il transforme l’ortie, la Coopérative des Jardins de la haute vallée de Couiza3 : elle permet d’utiliser en commun un matériel inabordable pour de petits producteurs isolés, qui en sont co-actionnaires et la louent selon le volume produit. Johan est plutôt content : les projets originaux et à faible investissement demandent souvent beaucoup plus de temps pour émerger. « Mais il faut s'accrocher, il y a toujours de l'imprévu. Moi, j'ai eu de grosses pertes avant que mes recettes soient au point. »

L’ADEAR est parfois un soutien primordial.
audemouton.jpgPatrick Xicluna, ouvrier viticole reconverti après un accident du travail, est devenu berger d’un troupeau de 90 ovins. Ils paissent près de son village, dans la garrigue et les vignes pour lesquels il a signé un droit de pacage avec les propriétaires, participant ainsi à un entretien écologique. « Ce n’est pas parce que je suis bancal que je ne suis plus bon à rien », souligne-t-il, mais la reconversion n’est pas facile. Patrick n’a pas un profil type, et il n’a droit à aucune aide financière (trop âgé pour la DJA4, projet pas assez viable pour l’AGEFIPH5…). Il a démarré grâce à un investissement personnel, au soutien de son entourage et de l’ADEAR : étude prévisionnelle, dossiers à monter et à soutenir, tutorat par un éleveur, journée de solidarité pour monter la bergerie, etc. Mais le projet est en danger : sans aides, un troupeau de 90 têtes n’est pas viable ; il en faudrait 300 mais l’investissement, le travail et l’éthique de production ne sont plus les mêmes… Et il manque 10 000 e pour finir d’aménager l’installation de manière adaptée à son handicap. « Pour l’instant, on vit grâce à mes indemnités Assédic (400 e) et le salaire de ma femme. Physiquement et moralement, je suis essoufflé de devoir toujours batailler ; heureusement que l’ADEAR est là pour ces projets atypiques et progressistes. »

Installés en caravane sur un terrain prêté, Marie Morisot et Julien Zambon ont choisi un mode de vie alternatif. En écologistes de l’extrême, ils souhaitent acquérir et cultiver une terre, installer leur tipi et vivre de manière ouverte aux autres mais autosuffisante, avec leurs deux enfants. Une utopie dure à concilier avec la réalité : difficile d’acheter un terrain et de se faire accepter avec leur mode de vie. Ils espèrent de l’ADEAR une aide pour trouver une solution légale sans trop de concessions de leur part. Quel statut choisir, dans une société à laquelle on ne veut pas avoir à faire, tout en étant reconnus et acceptés afin de vivre en paix ? « J’aimerais que notre cas puisse servir à d’autres, soit une sorte de jurisprudence… » avance timidement Julien. Peut-être l’ADEAR pourra aiguiller ce projet, ou le faire évoluer comme beaucoup de ceux qu’elle a déjà accompagnés.


C.L.R. & L.P.



1. Production d’agneaux, merguez et jus de pommes, Le Village, 11260 Saint-Jean-de-Paracol.
2. Obtenu auprès de la Mutualité Sociale Agricole, il permet d’avoir une petite activité et de commercialiser la production en gardant éventuellement les minima sociaux et la CMU, mais n’ouvre pas de droits au chômage, à la retraite ou de “sécu” propre.
Les Délices de l'ortie, BP 22, 11190 Fourtou, tél. 06 30 24 95 30.
3. ZA Pastabrac, 11190 Couiza, tél. 04 68 74 14 74.
4. Dotation Jeune Agriculteur de l’État pour les moins de 40 ans titulaires d’un diplôme agricole, proposant un projet « viable » avec un bénéfice d’au moins 10 000 € nets/an.
5. Association pour la Gestion du Fonds pour l’Insertion Professionnelle des personnes Handicapées.

Date de création : 06/04/2006 @ 19:52
Dernière modification : 26/06/2006 @ 17:56
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