FIT Formation
De l’errance à l’itinérance

S’il y a encore quelques années, le routard ou le clochard avaient leur place dans notre société, il n’en est plus de même aujourd’hui pour un certain nombre de jeunes qui se retrouvent à la rue. Face à l’accumulation de difficultés de tous ordres, il ne leur reste bien souvent que la solution d’un « aménagement du pire ». Quand, depuis des années, les baffes de la vie vous éjectent de la famille, de l’école, du travail et en fin de compte de vous-même, il y a de quoi se détourner de tout. Notre département étant dépourvu d’un “lieu de vie” comme il en existe ailleurs – la structure d’accueil d’AIDES Auvergne ayant fermé depuis deux ans, et l’accueil de jour comme le CHRS1 étant débordés par des actions d’urgence –, la ville de Clermont-Ferrand tente, depuis janvier 2003, d’apporter une réponse originale à cette question. Elle a confié à l’association FIT la mise en œuvre d’une action expérimentale d’un an en faveur des jeunes en errance, que Franck Jacquet, coordinateur et chargé de l’accompagnement personnalisé, résume ainsi : « On ne peut qu’aller par étapes, aménagées à partir de ce qu’ils vivent. Être présent ou témoin suffit souvent dans leurs démarches. La médiation ou l’accompagnement sont des actions simples, mais elles aident. »
Le premier domaine d’action de Fit est d’aider à la restitution des droits fondamentaux et au rétablissement de liens avec les structures sociales. Second domaine, l’apprentissage de la conduite, qui permet de retrouver un rapport à la citoyenneté et à la santé, ainsi qu’une réelle satisfaction à pouvoir réussir un examen. Enfin, avec la compagnie Les Voleurs de poules, une troisième action centrée sur le théâtre permet de sortir du discours social et favorise l’émergence de désirs, de savoir-faire, voire de talents – pour redécouvrir « qu’on peut faire des choses avec plaisir dans la vie ». Peu à peu s’installent des relations de confiance, véritable antidote à la violence vécue par ces jeunes.
« En fin de compte, un permis de conduire coûte beaucoup moins cher à la collectivité que la délinquance, les problèmes de santé et les secours d’urgence permanents. Ces jeunes nous remettent en cause car leur différence nous fait peur. Ils ne veulent pas rentrer dans un cadre imposé, mais la réaction de la société est très violente, notamment à travers la police et les institutions. Il serait temps de songer à renvoyer autre chose. »
L. J.
1. CHRS : centre d’hébergement et de réadaptation sociale.

Natacha : motivée !
C’est par des connaissances travaillant pour AIDES que Natacha, 23 ans, a commencé l’apprentissage du permis de conduire à FIT. Le plus difficile pour Natacha, c’était « de reprendre un rythme, tous les jours. J’ai vécu trois ans sans heure, et surtout la nuit, alors c’est dur de se lever ! Mais j’ai très envie de réussir. Aujourd’hui, je vis dans un camion avec mon ami, qui a été le premier à réussir le permis avec FIT. »
Cette jolie rousse, pleine de douceur, en a pourtant vu de toutes les couleurs. Elle avait commencé l’apprentissage de la conduite dans sa région natale, qu’elle a dû quitter il y a trois ans pour fuir une situation familiale complexe et douloureuse. Elle est venue rejoindre des amis à Clermont-Ferrand et depuis elle a vécu au jour le jour, sans toit ni revenus, parfois dans des squats qu’elle est heureuse d’avoir quitté grâce à l’obtention du permis par son ami. Elle trouve la vie en ville de plus en plus dure, en raison des tracasseries policières incessantes : « Tous les jours on nous demande nos papiers, pourtant ils nous connaissent ! »
« Je ne me sens pas en errance, j’aime vivre dehors. L’idéal pour nous serait de trouver un hangar pour le camion. Mon ami voudrait monter un atelier de réparation de véhicule. Moi, j’aimerais avoir un jardin, pour faire du maraîchage, et je rêve d’une salle de bains ! » En attendant, elle fabrique de petits objets en cuir qu’elle vend autour d’elle. « Avec le permis, je pourrai me déplacer pour vendre sur des marchés, ou me rendre plus facilement dans les régions qui emploient des saisonniers, par exemple pour la cueillette des fruits. »
« Les cours sont meilleurs à FIT que dans une auto-école, c’est vraiment une formation, les explications sont individuelles si on ne comprend pas. On travaille avec des vidéos et un cahier d’exercices. Ensuite on fait un test d’évaluation et on discute du thème abordé. Tout est fait pour avoir le permis, on ne risque pas de le louper. De toute façon je suis très motivée, je veux mon indépendance. » Bonne route, Natacha !
L. J.


Date de création : 26/11/2003 @ 15:43
Dernière modification : 30/01/2005 @ 21:24
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