Hébergement d’urgence

Le pic hivernal de la misère



Depuis les premiers froids, le plan hivernal du dispositif d’hébergement de première urgence a été activé dans la région. Mis en œuvre par un réseau d’institutions et d’associations, il est coordonné par le SAO1.


Vingt-quatre heures sur vingt-quatre, toute personne sans-abri peut composer le 115, numéro gratuit géré par l'ANEF, afin d'être mis en relation avec un travailleur social, soit du SAO en journée, soit du CHRS (centre d'hébergement et de réinsertion sociale) les soirs et les week-ends. Elle sera orientée vers l'une des 66 places d'accueil d'urgence du département (51 au sein de l'agglomération clermontoise, 6 à Riom, 8 à Issoire et une à Thiers), selon les disponibilités et certains critères (homme ou femme, plus ou moins marginalisé, avec ou sans chien…).
Un dispositif mobile d'intervention géré par l'association CE-CLER, “la Maraude”, complète ce plan hivernal : des bénévoles de la protection civile et d'autres associations, accompagnés d'un travailleur social, font des repérages et de l'accompagnement en journée, puis sillonnent Clermont et ses alentours de 19 h 30 à 22 h (23 h en niveau 3 de froid)2. Ils tentent par la discussion d'amener des personnes refusant une assistance à accepter un hébergement et/ou à voir un travailleur social. Dans l'ensemble, le dispositif d'hébergement déployé en hiver (qui peut être renforcé en cas de grand froid), permet de faire face à l'urgence, mais Chantal Charrade, chef de service au SAO, déplore « la pénurie pendant le reste de l'année, où les places dans le département se réduisent à 26 ».

Deux mois après le lancement de ce dispositif, le réseau d'intervenants a fait un premier bilan et constaté l'émergence de deux phénomènes. D'une part, une nouvelle catégorie de personnes en demande d'hébergement est apparue, suite aux événements des banlieues en novembre : des jeunes de 18-21 ans, issus de quartiers en révolte, ont été “virés” par leurs familles et se retrouvent à la rue, démunis, certains arrivant même d'autres régions. « Après avoir paré aux nécessités d'urgence, nous les orientons vers des services sociaux plus spécialisés dans leur catégorie d'âge », précise Chantal Charrade. D'autre part, bien que la misère soit toujours très présente dans la rue, les demandes traitées par le SAO sont globalement en baisse par rapport aux années précédentes. Il est vrai que la région n'a pas encore subi de vague de grand froid, mais il semblerait aussi qu’un nombre grandissant de personnes à la rue acceptent difficilement les contraintes inhérentes à un accueil la nuit (horaires stricts, chiens rarement autorisés…), préférant se débrouiller et dormir avec leur chien dans des abris de fortune, en squat, ou même dehors. Chantal Charrade suggère que « la dissociation faite cette année entre les lieux d'hébergement et la prise des repas le soir n'y est peut-être pas complètement étrangère ». Ceux-ci sont en effet distribués à l'accueil de jour rue Sainte-Rose3, qui offre aussi des prestations de service (laverie, douche…). De nombreuses associations et le CCAS participent également à l'aide alimentaire par distribution de colis ou de chèques services : Restos du cœur, Secours catholique, Secours populaire, Banque alimentaire, etc.

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Autre grande catégorie de personnes en difficulté, les demandeurs d'asile. Chantal Charrade souligne leur quasi-disparition du dispositif, « probablement une conséquence de la politique de “charterisation” du ministre de l'Intérieur. À la même époque l'année dernière, nous en hébergions une cinquantaine en hôtel, seule une famille de quatre personnes est accueillie actuellement. » Ils n'ont pas disparu, mais sans doute par crainte d'être expulsés, ils se sont dispersés dans la nature, et sollicitent beaucoup moins l'aide du SAO.

À la mi-décembre 2005, les demandes effectives au SAO sont d’ailleurs en baisse par rapport à l'année dernière à la même époque, rendant moins lisible l’état des lieux de la grande pauvreté dans la région. Il reste cependant alarmant à travers certains phénomènes, par exemple l’apparition de demandes spécifiques dans des zones plus rurales hors de Clermont-Ferrand, notamment aux alentours de Riom et Issoire ; « comme si la grande pauvreté débordait du pôle urbain. »

L.P.




1. Service d'accueil et d'orientation, géré par l'ANEF, 13, av. Édouard-Michelin, 63000 Clermont-Ferrand. Il est financé par la DDASS (direction départementale des Affaires sanitaires et sociales) et le Conseil général.
2. Le niveau d'urgence est décidé par le préfet en fonction d'informations météorologiques ; il y en a trois, en fonction desquels le dispositif d'aide d'urgence est plus ou moins renforcé.
3. Accueil de jour à Clermont-Ferrand, 7 bis, rue Sainte-Rose, du lundi au vendredi de 8 h 45 à 14 h et de 18 h à 20 h, uniquement les matins durant le week-end ; à Issoire, 22, rue Notre-Dame-des-Filles, du lundi au vendredi de 9 h à 11 h 15.

Date de création : 25/01/2006 @ 21:03
Dernière modification : 06/04/2006 @ 20:54
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