Santé à domicile

Santé à domicile
Faire face à un nouveau contexte


Dans le Puy-de-Dôme comme en Auvergne et partout en France, la santé à domicile concerne essentiellement les personnes de plus de 60 ans. Depuis 1981, ce sont les SSIAD (services de soins infirmiers à domicile), sous tutelle des DDASS(1), qui interviennent sur prescription médicale. Seize services de ce type, à ne pas confondre avec les SAD – services d’aide à domicile, surtout affectés aux tâches ménagères –, sont répartis sur le département du Puy-de-Dôme, avec une capacité totale de 772 “lits” pris en charge à 100 % par les caisses d’assurance-maladie.


A Saint-Amant-Tallende, le SSIAD est rattaché à la maison de retraite (EHPAD(2) et intervient sur 48 communes regroupant 50 088 habitants, dont 3 064 de plus de 75 ans(3).
Dirigé par deux infirmières coordinatrices, ce service fonctionne sur la base d’un prix de journée établi à 27 euros par personne pour un quota de 61 lits. Il permet aux personnes âgées dépendantes du secteur de bénéficier de deux types d’intervention : celle d’infirmières libérales(4) pour les pansements, injections ou autre soins plus complexes (pose de cathéters, de sondes, etc.) et celle d’aides-soignantes ou d’aides médico-psychologiques pour les soins d’hygiène et d’aide à la vie (toilettes médicalisées essentiellement).
Si les premières facturent leur prestation au SSIAD, les autres sont salariées du service, qui totalise 13,25 postes à temps plein répartis sur 19 intervenantes.
“ Depuis le passage aux 35 heures, et avec le vieillissement régulier de la population, nous sommes saturés en permanence ”, explique Catherine Laveine, infirmière coordinatrice. “ Nous avons réclamé un poste supplémentaire qui, pour l’instant, ne nous a pas été affecté. ”


Cette situation risque d’empirer puisqu’un décret de juin 2004 étend le domaine d’intervention des SSIAD à la prise en charge des personnes adultes de moins de 60 ans présentant un handicap. “ Non seulement nos listes d’attente vont encore s’allonger, mais nous allons devoir faire appel de plus en plus à de nouvelles catégories de personnel – ergothérapeutes, pédicures-podologues, psychologues – dont la rémunération dépasse largement nos prix de journée(5). ”


Des familles à bout de souffle


Il faut également savoir que les SSIAD, en plus des personnes de plus de 60 ans, comptent aussi d’autres catégories de personnes dépendantes, celles atteintes de pathologies chroniques ou dégénératives (sida, parkinson, sclérose en plaques…) et ceux qui sont en “fin de vie” (soins palliatifs). Pour gérer leur budget, qui se répartit pour l’essentiel entre les salaires (70 %), les factures des infirmières libérales (12 %) et le coût des 11 véhicules d’intervention, les coordinatrices des SSIAD doivent donc résoudre la quadrature du cercle, et s’inquiètent pour l’avenir.


En effet, si les médias et le grand public parlent de “ la nécessité ” du maintien à domicile des personnes âgées et dépendantes, les professionnels estiment, pour leur part, qu’ils n’ont pas les moyens de l’assurer. Confrontée à l’incompréhension de bénéficiaires potentiels qui se retrouvent “ en liste d’attente ”, Catherine Laveine évoque “ des familles à bout de souffle qui finissent par craquer et font hospitaliser les personnes que nous ne pouvons pas prendre en charge ; en matière d’aide aux aidants, c’est le désert ”.


Depuis son ministère, Jean-Louis Borloo a annoncé que des mesures seraient prises pour la professionnalisation des services d’aide à domicile.
Ce mouvement était déjà engagé dans le Puy-de-Dôme puisqu’une première promotion d’auxiliaires de vie sociale est sortie en 2004 de l’EPSI6, qu’une formation d’assistante de vie existe depuis cinq ans à l’AFPA et que la validation des acquis de l’expérience (VAE) se met peu à peu en place.
Mais du côté santé, il y a beaucoup à faire : alors que les médecins désertent les zones rurales7, les infirmiers libéraux ne savent pas où donner de la tête, et il n’y avait, en 2004, que 77 places à l’école d’aides-soignantes(8) de Clermont-Ferrand… pour quelque 600 candidat(e)s, sur un marché où l’offre d’emplois reste bien supérieure à la demande.
À cela s’ajoutent les questions financières, car quand on additionne l’intervention du SSIAD, celle d’une infirmière, puis d’une aide ménagère, le portage du repas, la fourniture de matériel médical et la télé-assistance, le coût global pour une personne s’avère extrêmement élevé.


“ Il faut aussi tenir compte de la qualité des soins ”, précise Catherine Laveine. “ Le forfait journée est calculé pour une intervention d’environ une heure par jour et par personne, or pour certains patients éloignés, le trajet lui-même nous prend déjà une heure ; et pour d’autres, il faut faire jusqu’à cinq ou six visites par jour.
Comme nos intervenantes ne se contentent pas de faire du curatif ou de l’hygiène, mais aussi du relationnel, de la pédagogie, voire de la prévention, les forfaits ne sont plus adaptés… Et nous ne voulons pas que la qualité des soins en pâtisse. ”


Parmi les solutions envisagées, l’installation de structures d’accueil de jour semble se concrétiser sur Billom – avec cette fois des soucis liés aux transports. On pourrait également imaginer un accueil itinérant. Afin d’améliorer la cohérence des dispositifs, sept “centres locaux d’information et de coordination” (CLIC) destinés aux personnes âgées ont été mis en place sur le département.
Quant aux coordinatrices des SSIAD, elles se sont constituées en association(9), avec comme objectifs principaux de se positionner comme interlocutrices privilégiées de leur tutelle (la DDASS) et de mettre en cohérence des situations départementales parfois disparates.


M.V. & T.C.


1. DDASS : direction départementale des Affaires sanitaires et sociales.
2. EHPAD : établissement d’hébergement des personnes âgées dépendantes.
3. Chiffres 2003.
4. Certains SSIAD salarient des infirmières. Précisons également qu’en vertu d’une “dis-parité” inversée, les professions de santé sont majoritairement exercées par des femmes, à l’exception de la catégorie… des médecins.
5. À titre d’exemple, une psychologue " coûte " environ 40 euros de l’heure.
6. École pratique sociale interrégionale.
7. Voir à ce sujet La Montagne du jeudi 25-11-04.
8. Sur ces 77 places, 15 étaient réservées cette année à des ASH (agents de services hospitaliers) titulaires de la fonction publique, dans le cadre de la promotion interne.
9. ARIC, association régionale des infirmières coordinatrices, 3, rue du Parc, 63450 St-Amant-Tallende. Il existe également une union nationale des associations de soins infirmiers, l’UNASI.


Date de création : 21/12/2004 @ 22:43
Dernière modification : 10/07/2005 @ 12:44
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