Les illusions perdues

L'usine, dernier recours
Céline, qui habite Lamontgie avec son compagnon, est devenue intérimaire d’abord par la force des choses, ensuite par choix.


Agée de 31 ans, son parcours est chaotique. Lycéenne rebelle, elle intégre le Conservatoire d’art dramatique pour deux années. Enceinte, on lui refuse l’entrée en troisième année : pas de ça chez nous ! Alors ça devient dramatique, mais sans comédie… Céline obtient un CES de six mois au FRAC (fonds régional d’art contemporain), puis se donne trois ans pour élever son fils. Ensuite, un stage de détermination professionnelle débouche sur un autre CES d’aide-documentaliste dans un collège, mais sans avenir malgré les compétences acquises pendant deux ans – et sans le stage de formation complémentaire auquel elle aurait normalement eu droit.


Plus de CES, c’est décidé, mais pas d’usine non plus : “ Contremaître, mon père a été “bouffé” par l’usine, et à 48 ans, il est mort d’une crise cardiaque. Je ne me vois pas signer une embauche, ce serait la dépression instantanée, même si certains le font pour pouvoir obtenir des crédits. ”


Alors ce sera l’intérim, parce qu’il faut bien manger, mais ce sera bien l’usine, malgré les résolutions. “ Heureusement, on peut faire des “breaks”, et puis il y a des copines… ” Quant au salaire, proche du SMIC, il s’améliore quand on ajoute les “compléments” liés au travail de nuit, de week-end, les heures supplémentaires, la prime de précarité (10 %) et les congés payés. “ Je ne connais personne qui aille à l’usine pour autre chose que l’argent, même s’il y a encore quelques accros du boulot, souvent dans la génération au-dessus. Pour moi, ces huit heures, c’est comme une parenthèse et puis la vie reprend. ”


Céline ne fait pas de projets, elle vit au jour le jour. “ Pour décider de faire autre chose, il y a encore trop de points d’interrogation. ” Deux années de plus et quelques emplois intérimaires jalonnent à nouveau son parcours (entretemps, elle a aussi eu deux autres garçons).


Dans notre société à fort taux de chômage, l’intérim sert un peu à tout : de pioche pour les entreprises, travailler momentanément, se donner le temps de chercher sa voie tout en ayant un pied dans l’entreprise, ça peut même mener à un CDI. Pour y accéder, il faut passer des tests, et parfois se confronter à des agents qui deviennent carrément inquisiteurs face à des “trous” dans les CV. “ Quelquefois, je me dis qu’on pourrait se mettre au vert, y aller plus à fond dans la marginalité, cultiver des légumes et tout ça. Mais rester juste à côté de la société de consommation sans profiter de rien, c’est impossible… ”


M.V. & T.C.


Date de création : 28/04/2004 @ 20:25
Dernière modification : 25/09/2004 @ 18:59
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