Des sillons en guise de barreaux

Paul a été condamné à 6 mois de prison courant 2003.
Un matin, à 8 heures, il prend le train, après un mois et demi d'incarcération à la maison d'arrêt de Clermont-Fd. Il a deux heures pour rejoindre celle de Riom, dont dépend le Domaine de Laluas où il a obtenu la possibilité de terminer sa courte peine.
“ C'est un co-détenu qui m'a parlé de Laluas. On te le propose pas, faut en faire la demande au greffier. Après un mois de prison obligatoire, je suis passé en commission devant quatre personnes (dont le juge d'application des peines). J'ai été obligé de "rayer" mon avocat sinon ça aurait pris trop de temps en paperasses. L'instit' de la prison avait appuyé ma demande, mais j'ai dû attendre quinze jours de plus qu'une place se libère. Arrivé à Riom, je suis aller "faire" le numéro d'écrou, et j'ai attendu "le chef" qui m'a emmené au chantier de Laluas où j'ai commencé à travailler dès l'après-midi. C'est un boulot de jardinage, on cultive des légumes qu'on mange. On est payé 230 euros par mois, là-dessus on nous prélève une commission pour la bouffe, le pq... J'ai aussi participé à un chantier de trois semaines pour refaire la peinture... du tribunal de Riom ! Sinon chacun son tour, on est à la cuisine pour aider le cuisinier en mettant la table ou en préparant le café du matin. Il faut aussi nettoyer l'hébergement. ”


Contrairement au milieu carcéral "classique" surpeuplé, où Paul a vécu dans une cellule de huit personnes, l'hébergement au Domaine de Laluas est conçu plus humainement : quinze détenus répartis en chambre de une à trois places. L'encadrement est assuré par un jardinier, des éducateurs, une assistante sociale et une fois par semaine un médecin vient faire sa visite.
“ T'as pas le droit d'être malade plus d'un jour, sinon tu retournes en prison, donc même malade tu travailles ” précise Paul. Le vendredi après-midi est consacré obligatoirement au sport : petit terrain de foot, pétanque ou ping-pong pour la forme physique. En ce qui concerne l’esprit, il est nourri par un instituteur qui vient une fois par semaine “ on parle du jardin, on lit et écrit sur le jardin.
Il y a aussi la bibliothèque. Tu peux apprendre et même passer ton bac. ” Quant à la sortie de prison, elle est préparée avec une personne qui aide à la recherche d’emploi. “ En sortant on a des adresses pour des boulots dans les espaces verts. Mais j’ai pas vraiment envie de travailler tout de suite. Je veux d’abord trouver un appart car je vis chez un membre de ma famille. Le CCAS m’a bien proposé un logement, mais c’était à la ZUP, je veux pas vivre là-bas. ”
Et si Paul espère ne jamais y retourner, il garde un souvenir très positif de son passage à Laluas :
“ J’étais bien, ça m’a évité d’être en prison. Je le conseille à d’autres. T’as plus de liberté, t’es dehors pas dans une cage. À la fin de la journée, tu peux boire un café dehors au soleil et tous les week-ends tu as permission de sortir à condition d’avoir un certificat d’hébergement ou un appart. Si tu fais le con, on te ramène en prison. Faut pas répondre, être gentil. Mais si t’as un problème, ils t’écoutent. ”


Propos recueillis par L.J.


Date de création : 28/04/2004 @ 19:01
Dernière modification : 25/09/2004 @ 19:11
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