Drogues douces : Assommoir ou remède à l’anxiété ?

Assommoir ou remède à l’anxiété ?


Tous deux médecins généralistes de quartier, les docteurs Anne-Marie Harrand et Alain Boyé évoquent avec précaution l’usage des “drogues douces”, autrement dit du cannabis. Sans diaboliser ni banaliser, qu’en pensent ces “médecins de famille” ?


«Le plus important, c’est peut-être la place du produit dans la vie de la personne. On ne peut pas mettre sur le même plan celle qui fume vingt joints par jour, toute seule dans sa chambre, et celle qui en partage un le samedi soir avec ses copains. » Anne-Marie Harrand, comme Alain Boyé, fait partie des généralistes qui interviennent aussi, à temps partiel, auprès de patients toxicomanes au sein du CHU de Clermont. Pour elle, les médias entretiennent une certaine confusion : « Il ne faut pas banaliser le cannabis, au sens où il ne faut pas dire que “c’est rien”. Au CHU, je reçois parfois des personnes qui en consomment beaucoup, et aussi des jeunes qui présentent, à côté de leur usage du cannabis, des troubles associés inquiétants : violence, vol, rejet de l’école, du travail… Mais franchement, dans mon cabinet, je vois rarement ce problème ; je sais bien qu’il existe, mais sans doute pas plus ici que dans d’autres quartiers. »


Alain Boyé confirme : « Depuis deux ans, nous recevons au CHU pas mal de jeunes consommateurs de cannabis ; il est vrai qu’en médecine générale on n’est pas très souvent confronté à eux. D’ailleurs c’est souvent difficile pour un médecin de famille, parce qu’il faut précisément arriver à sortir des problèmes familiaux ! » Très souvent, le jeune est en effet amené vers le médecin par sa famille, inquiète et avec laquelle il est parfois en conflit ouvert, voire violent. « Je pense qu’il faut un temps de “démédicalisation”, pour parvenir à un réel travail de rencontre avec le jeune, poursuit Alain Boyé. Il faut entendre la famille, et ça peut paraître long, au point de donner l’impression qu’on “psychanalyse” la famille, ce qui n’est pas le cas. Mais il faut aussi parvenir, en dehors d’elle, à ce que le jeune parle lui-même de son usage personnel de la drogue, avec un intervenant qui s’y connaît un peu : que consomme-t-il exactement, comment, quand ? Seul, devant sa télé, ou en groupe, en discutant avec d’autres ? Pour “s’assommer”, s’isoler de la réalité ou pas ? Quels effets recherche-t-il et ressent-il exactement ? Etc. »


C’est à partir de là que le médecin et son patient s’occupent réellement du problème, par la discussion plus que par des ordonnances… Objectif : « Négocier des périodes d’arrêt, sans tenter d’imposer un sevrage total. » Pour Alain Boyé, le consommateur quotidien – qui y trouve souvent un remède à l’anxiété – « ne perçoit pas ou sous-estime les effets secondaires du cannabis, notamment sur la mémoire et les capacités d’attention et de concentration, par exemple au travail. Un arrêt momentané l’amène à prendre conscience de ces effets, et à maîtriser peu à peu sa consommation, de façon plus lucide. Paradoxalement, c’est parfois à ce moment où, à mon avis, il va mieux, que la famille s’inquiète encore davantage ! Peut-être parce qu’il tente, justement, de résoudre aussi les éventuels problèmes qu’il a avec elle… »


D. C., N. R. et G. T


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Date de création : 01/02/2004 @ 18:48
Dernière modification : 30/01/2005 @ 21:25
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