Conte de Noël

Pépé courait


Il était une fois, dans un monde imaginaire, un vieil homme boiteux qui s’appelait Pépé. Pépé courait, clopinait en accéléré, avec sa canne à la traîne. Il fuyait, sans se retourner, le pays fantastique de Matinon où Platarin le magnifique, ministre du Roi Jaco le Verni, imposait aux hommes de travailler pendant 142 gâtouzes et demi à la fabrication de confiture d’oseille. Les grands patrons des multiroyaumales, appelés “Plein-d’Oseille-dans-la-Popoche”, trouvaient l’oseille en payant de moins en moins cher les ouvriers qui travaillaient de plus en plus longtemps à fabriquer de la confiture. Tout cela, bien sûr, pour le bien du peuple. C’était ça, le confitalisme. Mais Pépé, ça, il ne le voulait pas.


« Ah ! Ça, non alors », répétait Pépé.


Donc, un jour, il prit ses deux jambes et sa canne à son cou pour fuir le merveilleux pays de Matinon. Les Kozys – policiers du royaume – voulaient le rattraper pour qu’il paye son dû à la société. Mais Pépé, depuis deux gâtouzes, tenait bon, même si jour après jour ses forces fléchissaient.


Le soir de Noël, au moment où les oiseaux entament leur ramage d’adieu au soleil couchant, Pépé tomba dans une flaque, près d’une mare. Celle-ci accueillait encore, dans son miroir aveuglant, les rayons orangés de l’astre lumineux. Étrangement, lorsque la nuit fut tombée, l’intense lumière s’échappait encore de la mare, éclairant comme en plein jour les bois alentours. Attirés par la lumière, tous les rongeurs, biches, dromadaires et loups du coin s’exclamèrent avec des yeux tout ronds :


« Oooh ! »


Pépé, intrigué, se rapprocha doucement et plongea le doigt dans l’eau. Lorsqu’il retira sa main, le doigt avait disparu. Effrayé dans un premier temps, il fut surpris de toucher, avec son autre main, le doigt qu’il ne voyait plus. À ce moment précis, une fée transsexuelle un peu endormie, accompagnée d’une libellule supersonique, émergea des eaux.


« Quiii m’appeeeelle ? » demanda-t-elle en bayant.


« Euh ? Moi ? répondit Pépé, un rien inquiet. C’est quoi cette mare ? Où est mon doigt ?


– Cette mare est le reflet de l’espoir des hommes. À Noël, elle exauce les souhaits de ceux qui plongent dans son eau. Mais attention, si les vœux sont malsains, la magie se retourne contre celui qui les formule. Quant à ton doigt, c’est à toi de trouver la réponse. »


Pépé comprit. Ni une ni deux, il se jeta dans la mare et but à grosses goulées le breuvage magique. Lorsque Pépé ressortit, il était devenu ce qu’il voulait : jeune, beau, vigoureux, les deux jambes de la même taille… et invisible. Trop heureux, il resta papoter avec la fée qui s’appelait en réalité Raymonde Bidoçon, et qui lui promit de venir dès qu’il voudrait causer. Durant sa vie, il rencontra d’autres invisibles, parce qu’entre eux, ils se reconnaissaient. Il mena une existence heureuse, libre, sans plus jamais s’inquiéter des Kozys, sans avoir faim, ni froid, ni besoin de confiture d’oseille.


R. M. P.


N. B : Si vous trouvez une mare identique dans ce monde, écrivez-nous l’adresse au journal, ce serait sympa.


Date de création : 01/02/2004 @ 18:18
Dernière modification : 30/01/2005 @ 21:40
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