« Quand même, on l’aimait notre tour ! »

Ouardia, Dominique et Jocelyne habitaient la tour Logirel démolie en 2002-2003 dans le quartier de Champratel, au nord de Clermont, pour laisser la place au terminus du futur tramway. Elles ont été relogées dans la tour voisine (aujourd’hui gérée par la société Axiade). Une trentaine de familles ont été relogées sur le quartier, les autres sont parties ailleurs… Souvenirs et impressions.


Jocelyne – Avant la démolition, l’un des élus qui sont venus visiter a dit : « Je ferais même pas loger mon chien ici. » J’ai répondu : « Ben moi j’y élève quatre mômes. » En un été, j’avais attrapé 54 souris. J’en ai envoyé un paquet de trois à Logirel avec un mot : “locataire indésirable refusant de payer son loyer”. Un hiver, j’ai eu de la glace dans l’appartement : on m’a reproché de faire de la condensation en cuisinant fenêtres fermées !


Dominique – C’était dégueulasse : des fuites d’eau sur huit étages… Mais il y avait en même temps de l’intimité, de la solidarité. Les locataires épongeaient ensemble ! Dès le départ, Logirel avait “classé” les gens : les “bruyants”,les familles nombreuses, dans la tour du fond… D’ailleurs, on avait l’impression que plus on allait vers le fond du quartier, moins on était considéré…


Ouardia – C’était une ambiance familiale. On était très unis, dans les malheurs comme dans les fêtes. La voisine n’hésitait jamais à frapper à ma porte. Tous les gamins étaient traités à égalité, sans différence entre eux. On discutait beaucoup avec le facteur, au retour de l’école… Quand même, on l’aimait notre tour !


Jocelyne – On vivait ensemble, sans racisme, on n’y pensait même pas. Les gamins avaient beaucoup de respect pour un locataire qui “faisait le gardien”. Je suis seule avec les miens, et je travaille ; mais je pouvais toujours compter sur une voisine pour les surveiller et assurer en cas de problème. J’ai été dans les derniers à partir, parce que je voulais une petite maison. Refusée : pas assez de revenus ! Alors j’ai préféré rester dans le quartier ; on a moins la trouille, on se connaît.


Ouardia – Pendant la démolition, chaque jour je disais : « C’est pas encore arrivé à notre étage, à notre appartement… » Aujourd’hui, beaucoup de jeunes reviennent sur le quartier pour retrouver leurs copains. Nous aussi, on a perdu des amis…


Jocelyne – Le déménagement m’a fait mal au cœur ; mais le plus dur, ça a été au bout d’un an. Il a fallu ça pour réaliser qu’en bas de la tour, on n’était plus face à la campagne, mais face au parking… Plus de facteur, plus d’échanges, de voisine qui me prête un oignon, de petits gâteaux du ramadan… On s’aperçoit qu’on a perdu beaucoup.


Propos recueillis par D.C.


Date de création : 01/02/2004 @ 18:06
Dernière modification : 30/01/2005 @ 21:38
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