Dossier - Tony Weiss, légende manouche
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Tony Weiss, légende manouche

Si aujourd’hui certains Tsiganes ne revendiquent plus leur culture, Tony Weiss, infatigable musicien, continue de la défendre à travers sa musique : le jazz manouche, qui a rempli une existence de roman, à la vitalité débordante…

Tony naît en 1923 à Lille, d’un père manouche et d’une mère gadgé (non voyageuse). Un mariage mixte, voilà qui n’est pas courant à l’époque ! Pas toujours simple pour Tony, qui souffre dans son enfance du rejet de ses petits cousins lui reprochant d’un côté d’être manouche et de l’autre pas.

Il grandit dans un univers de musique, que toute la famille pratique : parents, grands-parents, oncles, tantes… Mais il ne s’y intéresse pas beaucoup : « Les valses viennoises, je ne trouvais pas ça beau… » Il apprend cependant la lutherie avec son père – violoniste, luthier ambulant et grand collectionneur d’instruments –, et part avec lui en verdine (roulotte) sur les routes d’Europe, pour acheter et revendre des violons. « Dès que mon père voyait un bourgeon, il fallait partir. » L’année scolaire est de fait un peu écourtée, mais ces voyages restent un souvenir très fort pour Tony, qui ne sait pas encore que la musique va le pousser à son tour sur les routes.

1939 :

la guerre éclate, la “chasse aux Tsiganes” est ouverte. Le voyage prend fin, il faut se protéger.

1940 :

pour échapper à la déportation, la famille Weiss vend la roulotte, le cheval et quitte la France pour Bruxelles. Une vieille tante leur trouve un petit deux-pièces. La vie s’organise, c’est la débrouille. Tony et son père partent à la campagne, cueillent de l’osier pour tresser des paniers – « on en manquait à l’époque » –, les livrent aux paysans en échange de nourriture. Ils reprennent ensuite le tramway pour Bruxelles, accompagnés de quelques hérissons parce qu’il faut bien manger… Mais en Belgique aussi, les nazis traquent Juifs et Tsiganes : il faut fuir à nouveau. Au bout d’un an et demi, ils reviennent en France, à Lille, chez la tante maternelle de Tony.

En 1942,

un cousin lui propose d’aller écouter Django Reinhardt dans une brasserie de Lille, ce à quoi Tony répond : « Qui c’est celui-là ? » Il ignore tout du lien de parenté qui le lie à Django, – dont la mère est une Weiss –, et encore plus du musicien virtuose. Il se laisse convaincre. Charles Trénet chante d’abord, Tony est impressionné ; puis il découvre Django et ses musiciens, tous habillés de blanc. Il a 19 ans, c’est la première fois qu’il écoute du jazz, et c’est une révélation : « J’ai décidé dans l’heure que je jouerai de la guitare. » Dans la foulée, il demande à son père une Selmer, la même guitare à pans coupés dont joue Django, et commence à travailler en autodidacte. Très rapidement, il intègre une formation.
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1943  :

Passant de nouveau à Lille, Django se retrouve subitement sans guitariste sur sa tournée. Il entend parler « d’un petit gitan qui joue », et demande qu’on le lui trouve, ce petit gitan ! « J’y suis allé presque de force, parce que j’étais très timide. » Le maître écoute et décrète : « C’est un peu juste mais tu as un bon tempo, ça ira. » Et voilà comment Tony, enfilant l’habit blanc, rejoint le mythique quintet du Hot club de France… Beaucoup de travail l’attend, à raison de huit heures de répétition par jour : « Il fallait que tout soit homogène. »

1946,

Django part aux États-Unis ; Tony, trop jeune, reste en Europe, monte sa propre formation et tourne à Paris, en province, en Suède, en Norvège…

1951 :

il arrive à Clermont-Ferrand… et restera en Auvergne. Se succèdent différentes formations dans lesquelles il joue, à regret, plus souvent de la musique de bal que du jazz, et il se produit à travers toute la région.

En 1976,

il compose la musique d’un téléfilm de Georges Régnier, Celui qui ne te ressemble pas, tourné en Auvergne et inspiré de l’histoire authentique et dramatique d’un gitan, incarné par Tony Gatlif.

1979,

autre rencontre majeure : celle de Jackie Alix, ancienne chanteuse lyrique, qu’il épouse en 1981. « C’est ma joie de vivre qui lui a plu ! » précise-t-elle. Leur complicité s’épanouit aussi sur scène. Tony joue, Jackie chante. Ils tournent d’abord sous leurs noms, puis créent le groupe Rétrospectives, savant mélange de jazz, d’opérettes et de chansons rétros.

1997 :

Tony crée avec d’anciens élèves le groupe Swing Caravan1, au répertoire mêlant jazz manouche et musique tsigane.

2009 :

Son humour, sa générosité et son talent bravent les années. Après avoir initié à la guitare 2 482 élèves – surtout au centre clermontois Loisirs et rencontres, de 1972 à 1990 –, il continue à 86 ans d’en accueillir à son domicile…

Faire l’expérience de la rencontre de Tony Weiss, c’est monter dans la caravane du swing et ne plus vouloir en descendre.

fp

1.CD “Atlas sonore”, portrait de Tony Weiss, édité en 2006 par l’Agence des Musiques Traditionnelles en Auvergne (AMTA), 4 ter rue Danchet à Riom, tél. 04 73 64 60 00, courriel

© Photo collection privée Tony Weiss DR

Date de création : 11/08/2009 @ 13:37
Dernière modification : 11/08/2009 @ 17:30
Catégorie : Dossier
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