Dossier - Jean-Marc Le Bihan, chanteur des rues

Jean-Marc Le Bihan, chanteur des rues

« Le cri de ceux qu’on n’entend pas », c’est un titre qui résume bien ce que fait le bonhomme. Depuis plus de 30 ans, ce Lyonnais traîne ses chansons, son bagout écorché et sa saine révolte dans les rues, ruelles et festivals de France.

bihan1.jpg
Chanteur engagé et orateur enragé, entre chaque morceau, Jean-Marc Le Bihan y va d’une improvisation verbale, d’un coup de gueule contre quelque méchanceté d’actualité ou mesquinerie du quotidien, prend son monde à partie, harangue le spectateur et le badaud, met parfois mal à l’aise le bourgeois qui passe.

Défenseur du paumé, de l’étranger, de la prostituée, du « pouilleux qui pue et qui agace », Le Bihan met en lumière avec lucidité et poésie les tricheries de notre société, la solitude de l’homme moderne, les aliénations, toutes les aliénations, et nous donne quelques pistes : « Aimer le vent plus que l’argent, foutre notre orgueil au couvent, libérer les petits enfants. »

Un militant de l’essentiel, un pur, un vrai, l’amitié à fleur de peau comme au temps des Brassens et autres Ferré. Dans les déchirures, on pense aussi parfois à Philippe Léotard, à Lenny Bruce pour le côté tribun. Il est de ces rares artistes qui vivent leurs idées, pas de ceux qui veulent en vivre.

Il est probablement de la race des grands, mais à la reconnaissance médiatique il préfère son intégrité, sans concessions, et la chaleur des amis aux paillettes du show-biz. Un sage exalté, une leçon de partage à la vie comme à la scène.

Jean-Marc était à Clermont pendant le week-end de la fête de la musique, il a joué dans les rues, avec le collectif de l’Hôtel des Vils et la CIMADE, devant la maison de l’Oradou, etc. Comme chaque année, il sera présent à Aurillac du 22 au 26 août, pendant toute la durée du festival de théâtre de rue.

A.Q.

Contact spectacles : Bernard Lestra, 4 rue d’Isly, 69004 Lyon, tél. 06 64 24 98 26.

Entretien

« La manche est aussi belle que la Méditerranée »

bihan3.jpg

Quel est ton parcours ?

Je chante dans la rue depuis 1973. Les premières années, je tournais avec un groupe, puis, chacun suivant sa route, j’ai continué seul, en me produisant avec des séquences musicales préenregistrées. J’ai enregistré sept albums, sans compter les lives et compilations, et j’en ai vendu environ 280 000 en trente ans. Je ne suis pas inscrit à la SACEM, je ne suis pas gêné par le fait d’être repris, copié, téléchargé. La musique est faite pour être partagée. Je n’ai pas de réseau de distribution, je vends mes albums sur les lieux où je me produis. Il est aussi possible de commander directement mes albums en me contactant sur jeanmarc-lebihan.com

Ne regrettes-tu pas de ne pas être plus médiatique ?

Pas vraiment. J’ai été contacté par plusieurs maisons de disques. Au début de ma carrière, j’ai failli signer avec un gros label, mais je me suis aperçu que celui-ci investissait dans l’armement. Lorsque j’ai été approché par Barclay, ce n’était déjà plus mon truc… Je n’ai jamais eu très envie de côtoyer les gens du show-biz, au comportement souvent égocentrique et mégalo. Je tiens absolument à mon indépendance et ma liberté de ton, je n’ai pas envie de faire de concessions sur mes textes. De plus, il me semble paradoxal de chanter sur la misère, de s’insurger contre la précarité en se pavanant dans le luxe. Je crois bien qu’à 56 ans, je peux me vanter d’avoir réussi… à ne pas réussir ! Ça ne m’a pas empêché d’élever dignement mes trois enfants. Je fais parfois de la scène, mais je préfère le rapport intime au public de la rue. Je peux y toucher tous types de gens, sans distinction de classe sociale, et même ceux qui ne viendraient pas à mes concerts. Lorsqu’on me demande si je ne suis pas gêné en faisant tourner le chapeau, je réponds que la manche est aussi belle que la Méditerranée !

Que penses-tu du contexte politique et social actuel ?

Le taux d’abstention aux élections européennes est pour moi l’expression d’un triste fatalisme. J’ai très envie de tenter un pari : mobiliser les abstentionnistes en présentant une candidature aux prochaines présidentielles, que j’appellerais “La mémoire et la mer”. Il faut absolument ralentir pour prendre le temps de réfléchir, même si le mouvement m’intéresse plus que les statues. Faut-il continuer à mettre des enfants au monde, vu ce qu’on s’apprête à leur laisser ? Je pense malheureusement que les politiciens ont besoin de la précarité pour vendre leur soupe sociale. Je n’appartiens à aucune communauté ni mouvement politique. Je ne fais que dire et chanter sans filtre mes indignations et mes coups de cœur. Je me vois d’ailleurs plus comme un bateleur, un camelot d’idées que comme un chanteur au sens strict du terme.

Propos recueillis par A.Q. et M.L.

Pour aller à Aurillac ou toute autre destination en Auvergne, il existe pour les personnes à faibles revenus une réduction de 75 % sur tout le réseau régional TER (trains et cars SNCF). Il suffit d’aller à la gare, à Pôle emploi ou dans une Mission locale, retirer le “Billet Solidarité”, de le remplir en joignant photo et attestation de ressources, puis de le renvoyer pour recevoir quinze jours plus tard la carte de réduction, qui est valable un an. Une autre formule est possible, mais pour un seul trajet aller-retour dans l’année : le “billet annuel”, avec 25 % de réduction, mais valable quels que soient les trains et la destination en France.

M.L.


Date de création : 11/08/2009 @ 12:50
Dernière modification : 11/08/2009 @ 12:55
Catégorie : Dossier
Page lue 6152 fois

Imprimer l'article Imprimer l'article


Contact
Association Exclusif
ou
Journal Exclusif :
3, rue de la Treille,
63000 Clermont-Ferrand
04 73 91 34 16
fax : 04 73 91 03 24

Courriel du journal
Courriel de l'association
Abonnement au journal
Version mobile
Recherche



Visites

 1044329 visiteurs

 4 visiteurs en ligne

Webmaster - Infos
Préférences

Se reconnecter
---

Votre nom (ou pseudo) :

Votre code secret


 Nombre de membres 14 membres


Connectés :

( personne )
^ Haut ^