Sélection adulte - Des femmes bâties pour aller trépaner le mammouth

Essai autobiographique

« Des femmes bâties pour aller trépaner le mammouth »

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« Je ne suis pas douce, je ne suis pas aimable, je ne suis pas une bourge (…). Si je ne venais pas du punk-rock, j’aurais honte de ce que je suis. Pas foutue de convenir à ce point-là. Mais je viens du punk-rock et je suis fière de ne pas très bien y arriver. »

Dans sa dernière livraison datant de 2006, Virginie Despentes prend une altitude qu’elle n’avait probablement jusque là pas atteinte. La forme de l’essai autobiographique lui permet de théoriser plus qu’auparavant. Elle y réévalue quelques composantes sociales telles que le mariage, la prostitution, le viol, le travail, le porno. Elle y raconte le viol dont elle a été victime à 17 ans, son expérience de la prostitution occasionnelle sur minitel, et dépoussière ainsi quelques idées reçues. « La prostitution a été une étape cruciale, dans mon cas, de reconstruction après le viol. Une entreprise de dédommagement, billet après billet, de ce qui m’avait été pris par la brutalité. (…) Si je le vendais dix fois de suite, c’est que ça ne se brisait pas à l’usage. »

À partir d’une démarche et d’une personnalité atypiques, elle aboutit à une réflexion plus universelle et aborde certains sujets peu défrichés comme la double peine infligée aux femmes victimes de viols : le viol et l’interdiction de trop bien s’en remettre ou d’en parler librement « Car il faut être traumatisée d’un viol, il y a une série de marques visibles qu’il faut respecter : peur des hommes, de la nuit, de l’autonomie, dégoût du sexe et autres joyeusetés. On te le répète sur tous les tons : c’est grave, c’est un crime, les hommes qui t’aiment, s’ils le savent, ça va les rendre fous de douleur et de rage. » Loin de chercher à alléger la culpabilité des violeurs, elle invite les victimes à une dédramatisation intérieure pour leur éviter la stigmatisation.

Virginie invite aussi ces pauvres créatures condamnées à l’impassibilité, à l’efficacité et à la dureté que sont les hommes à faire leur révolution. « Le féminisme est une aventure collective pour les femmes, pour les hommes, et pour les autres. (…) Les avantages que vous tirez de notre oppression sont en définitive piégés. Quand vous défendez vos prérogatives de mâles, vous êtes comme ces domestiques de grands hôtels qui se prennent pour les propriétaires des lieux… des larbins arrogants, et c’est tout. (…) Il y a des hommes plutôt faits pour la cueillette, la décoration d’intérieur et les enfants au parc, et des femmes bâties pour aller trépaner le mammouth, faire du bruit et des embuscades. »

Must de cynisme et d’intelligence dans l’analyse de nos comportements, manifeste contre la soumission de l’esclave moderne par le politiquement correct, un coup de pied au train d’un certain féminisme un peu compassé… pour le faire aller de l’avant ! Contestataire, intelligent, utopique et réaliste, un pur moment de féminisme rock’n’roll.

A.Q.

King Kong théorie, par Virginie Despentes, éditions Grasset, 2006

Date de création : 22/05/2009 @ 21:05
Dernière modification : 22/05/2009 @ 22:23
Catégorie : Sélection adulte
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