Quoi de neuf ? - ''Quelque chose de fâcheux risquait de nous arriver''

Achille, réfugié congolais

« Quelque chose de fâcheux risquait de nous arriver »

Achille Nzuzi, 42 ans, menacé dans son pays, a dû traverser quelques déserts avant de rejoindre la France. Itinéraire d’un journaliste dissident.

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Pourquoi avez-vous quitté votre pays ?

À cause de mon activité de journaliste politique indépendant, en opposition au régime de Joseph Kabila. Autoproclamé en 2001 président de la République Démocratique du Congo (RDC), il a été élu en 2006 par des élections truquées. Les émeutes qui ont suivi ont été réprimées dans le sang.

Je bénéficiais de la protection d’un homme politique d’opposition jusqu’en 2006, quand il a été assassiné. Alors un avis de recherche a été lancé contre moi, et j’ai été arrêté deux fois en peu de temps… Je sentais de plus en plus que quelque chose de fâcheux risquait de nous arriver, à moi ou à ma famille – je suis marié, nous avons deux enfants. En septembre 2007, nous sommes partis au Congo Brazzaville, le pays voisin.

Et ensuite ?

Nous ne pouvions pas rester là : nous risquions l’extradition, car il y a des accords avec la RDC. En janvier 2008, nous avons rejoint le Maroc, munis de faux papiers maliens. Nous étions à Rabat chez un ami congolais, puis nous avons été arrêtés par la police marocaine en août. La procédure policière est alors assez simple : ils vous emmènent en plein désert à 15 km d’Oujda, près de la frontière algérienne, et vous larguent là, avec femme et enfants, une bouteille d’eau et quelques dattes. Nous avons pu “squatter” quelque temps près de la cité universitaire d’Oujda. C’est de l’aéroport d’Oujda que j’ai pu faire partir ma famille pour Lyon, par un réseau de passeurs.

Je suis retourné à Rabat, j’ai à nouveau été arrêté, déposé vers Oujda… Je suis parti ensuite pour Meknès, en repassant par Rabat pour publier un article sur la corruption dans mon pays. J’ai reçu des menaces par l’intermédiaire de l’ambassade de RDC… même au Maroc ! Puis à nouveau arrestation et “largage” dans le désert, tentative avortée de départ à l’aéroport d’Oujda… Enfin, j’ai réussi en novembre à prendre à Fès un vol pour Marseille. À l’arrivée, j’ai déclaré le vol de mon passeport et j’ai été conduit en centre de rétention. Mais comme ma famille était en France depuis deux mois, un sauf-conduit m’a été délivré, j’ai pu les rejoindre dans un foyer à Clermont. Deux semaines plus tard, nous étions orientés ici.

Quels sont vos projets ?

Nous attendons la réponse à notre demande d’asile. Pour nous, c’est impensable de retourner dans notre pays, sous peine de finir comme Didace Mujomk, un journaliste opposant assassiné par les barbouzes le 22 novembre. Au CADA, l’essentiel est assuré pour nous, mais nous sommes un peu isolés. Nous avons hâte de construire une vie plus active. Ma famille se sent bien, nous avons l’avantage de la francophonie. Ici, je peux écrire, sortir de la clandestinité, je veux continuer à lutter et exercer mon boulot de journaliste.

A.Q.


Date de création : 22/05/2009 @ 14:42
Dernière modification : 22/05/2009 @ 14:42
Catégorie : Quoi de neuf ?
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