Dossier - Choix et destin

Choix et destin

Rencontre avec trois femmes de la même famille : Madeleine, la grand-mère de 67 ans. Caroline, la mère de 47 ans et Ganaëlle, la fille de 26 ans. Trois générations. Trois histoires.

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Enfance

À trois ans, Madeleine est confiée à ses grands-parents qui lui « donnent beaucoup d’affection, mais ne posent pas de limites. Mon séjour chez eux, qui ne devait pas durer, se prolonge pendant neuf ans. Je n’ai pas de maman jusqu’à l’âge de 12 ans ».

Par réaction, elle sera une mère présente et aimante pour ses cinq enfants dont Caroline. Quand arrive l’adolescence pourtant, Caroline se sent livrée à elle-même : « Maman avait repris une activité professionnelle, et avait besoin de s’occuper de sa vie. »

Ganaëlle, qui a trois ans lorsque ses parents divorcent, n’est pas trop perturbée par cette séparation. Elle voit régulièrement son père et qualifie « d’âge d’or les cinq années que je passe seule avec maman ». Le plus dur pour elle sera de déménager à Düsseldorf quand Caroline se remarie avec Ralf, un Allemand : « La France me manquait. J’ai beaucoup écrit à ma grand-mère, de longues lettres dans lesquelles j’analysais ce que je ressentais. Élève à l’école française, je me suis enfermée dans le travail, je me suis exprimée dans les études. Après le bac, je suis repartie en France. »

Études et professions

Le père de Madeleine meurt quand elle a 17 ans. Sa mère décide que Madeleine, qui est pourtant la plus jeune de la fratrie, doit arrêter ses études secondaires pour intégrer une école de coiffure. Son travail ne lui plaît pas. Madeleine se marie à 19 ans. Mère au foyer, elle reprend une activité professionnelle quand ses enfants sont grands. Elle travaille dans divers secteurs : « C’est dans mon dernier emploi que je me suis le plus épanouie. Il s’agissait d’un travail d’écoute. J’étais animatrice dans un centre social de prévention. Je m’occupais de jeunes délinquants. »

Caroline n’a pas suivi d’études supérieures. Manque de motivation de la part de Caroline ? Manque d’incitation de la part de Madeleine ? Sans doute un peu des deux. Caroline se marie, met au monde Ganaëlle et, pendant trois ans, est mère au foyer. Quand elle divorce, elle passe un brevet d’État pour donner des cours de gym. Remariée en Allemagne, elle met au monde Julia et Rebecca, et se consacre à sa famille. Le retour en France, dix ans plus tard, n’est pas évident. Caroline n’a pas droit au RMI. « Je me suis adressée au CIDFF 63 et j’ai suivi une formation compatible avec ma vie de mère célibataire. J’ai décroché plusieurs CDD. Et là, je viens d’être engagée en CDI dans une PME. Je suis encore en période d’essai. Cette embauche, favorisée par ma maîtrise des langues allemande et anglaise, atténue mon regret de ne pas avoir fait d’études d’interprétariat. »

Après le bac (mention très bien), Ganaëlle s’oriente vers des études de médecine, qui lui demandent de « sacrifier un peu de ma vie sociale ». Elle choisit pédiatrie comme spécialité : « J’avais assisté ma belle-mère lors du travail d’accouchement alors que j’avais 14 ans. Et puis, adolescente, je m’occupais de mes petites sœurs et de maman. »

Désir d’enfants

Madeleine a eu cinq enfants « un très beau cadeau. J’ai fait plein de choses avec eux ». Elle avoue cependant avoir pensé avorter une fois car ses grossesses se suivaient de près : « Je suis allée chez le médecin qui a refusé de façon féroce de pratiquer l’intervention. Les nouvelles générations ne se rendent pas compte que la légalisation de l’IVG date de 1975. Ce n’est pas vieux. » Madeleine a connu l’arrivée des premières pilules dans les années soixante. Elle se félicite que « les femmes d’aujourd’hui puissent avoir une vie sexuelle épanouie, que la sexualité ne soit plus liée à la procréation ».

Caroline partage le même avis que sa mère : « On a les enfants que l’on veut. Et la liberté d’avoir une vie sexuelle. Les femmes ont des désirs, des pulsions, comme les hommes. Cette réalité en dérange encore beaucoup. »

Ganaëlle, quant à elle, désirerait bien devenir mère mais il lui semble pour l’instant difficile de concilier cette aspiration avec ses études : « J’ai trouvé la bonne personne, je dois attendre le bon moment. »

Mariage, foyer, séparation

Madeleine et Caroline se sont mariées très jeunes. Madeleine s’est séparée de son mari parce que « la vie avec lui était infernale. Cela a été difficile de songer à la séparation puis de sauter le pas. Ce n’était pas courant à l’époque. Mon emploi à l’Union des diamantaires m’a offert l’opportunité d’être indépendante financièrement. Je n’ai jamais divorcé dans la mesure où je ne voulais pas me remarier. »

Caroline n’a pas souffert de son statut de mère divorcée quand elle a quitté le père de Ganaëlle. Les mentalités avaient changé. La décision de divorcer de Ralf et de revenir en France fut difficile à prendre. Caroline culpabilisait de séparer ses deux dernières filles de leur père. En même temps, elle ne supportait plus la vie à Düsseldorf.

Ganaëlle n’est pas encore mariée. Elle vit avec son ami. Elle pense que le plus important dans l’évolution des rapports homme/femme est le respect, pas l’égalité : « il y aura toujours un rapport dominant/dominé. Le dominant d’ailleurs peut être une femme. Il faut qu’un équilibre se crée ». En attendant, Ganaëlle et son ami partagent les tâches ménagères, c’est un bon début…

Épilogue : « ne pas subir »

La conclusion revient d’abord à Ganaëlle qui trouve que sa grand-mère a transmis, à sa mère comme à elle-même, la force de s’affirmer par rapport aux hommes et à la société. Madeleine, sans être une militante, avoue avoir des convictions qu’elle défend avec fermeté. Elle se dit très fière de ses enfants et petits-enfants. Quant à Caroline, elle espère que ses filles pourront choisir leur vie, exploiter leurs capacités et s’épanouir dans le travail…

L.C.


Date de création : 21/05/2009 @ 18:19
Dernière modification : 21/05/2009 @ 18:19
Catégorie : Dossier
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