Dossier - Douze ans de résistance

Douze ans de résistance

À 22 ans, Hannah fait ses études dans son pays, dans l’est de l’Europe, lorsqu’une voisine envoie sa photo à un homme en France. « Quelques mois plus tard, il arrive pour m’épouser. Il dit être tombé amoureux en voyant ma photo. Je me méfie. » Mais famille et entourage font pression : « Tu as de la chance, il est charmant, c’est un bon parti, il a une entreprise en France, tu joues les capricieuses… »

« Alors je cède, je me force à l’aimer. » À peine mariée, Hannah apprend que l’entreprise périclite, que son mari a déjà deux filles d’un autre mariage… et qu’elle est enceinte.

En France, il n’est plus un homme charmant… Très vite, il lui fait comprendre qu’elle est un objet entre ses mains, qu’elle lui doit obéissance. « Il emploie des mots vulgaires, cherche à me blesser quotidiennement : “Les femmes sont toutes des putes. Tu es à moi, ta famille t’a vendue. Tes années là-bas sont aux toilettes. Ne me trahis pas, sinon je te tue”. Lorsque je commence à lui résister, il devient violent. »

Dès le début, Hannah alerte son frère par téléphone, mais il lui conseille de rester. « Je l’écoute… Mon seul espoir est que mon mari changera d’attitude avec l’arrivée du bébé : ce n’est pas le cas. » D’autres enfants naissent. « Pendant sept ans, je ne sors pas de chez moi. Mon mari me présente comme son esclave à ses amis – aucun ne réagit. Il rappelle sans cesse que j’ai de la chance, que grâce à lui je suis en France… »

Les moyens de partir

« Le pire est que je ne comprends pas toujours ce qu’il dit aux gens, je ne peux pas me défendre. Pour “sortir ma haine”, j’améliore mon français par le moyen de la télé, pour dire à l’entourage qui il est vraiment : alcoolique, menteur, il ne s’occupe pas des enfants… Quand enfin j’ose le dire, personne ne réagit – seule une belle-sœur ouvre les yeux –, mais j’ai ouvert la porte des menaces de mort. Je m’enferme avec les enfants pour nous protéger. Pour me couper de tout contact, il nous fait déménager dans un coin perdu. Je n’ai pas le permis, et la première commune est à 30 km. »

Paradoxalement, cet isolement a des avantages. « Il part souvent pour ses affaires. J’ai le temps de réfléchir, d’écrire mon histoire, de prendre du recul. » Commence alors le temps des initiatives : Hannah se rend en ville à pied, afin de rencontrer une assistante sociale et un avocat. Son mari la fait-il surveiller ? À son retour, il est au courant… Soutenue par une voisine, elle tient bon : « Je me fais faire des papiers français, indispensables pour être aidée par l’assistante sociale. Mon mari sent ma détermination. Il est furieux, me menace, veut que j’aille dans les bars habillée en pute. Terrorisée, je téléphone aux gendarmes qui ne veulent pas se déplacer : “Appelez-nous quand ça commence”. » La dernière nuit est horrible. « J’ignore ce dont il est capable – il a un fusil. Je ne dors pas, réfugiée dans une chambre avec les enfants. Au petit matin on s’enfuit, à la gendarmerie puis au CIDF qui nous oriente vers un centre d’hébergement. Il réussit à nous retrouver. Quant aux gendarmes, jamais ils n’ont enregistré mes plaintes, ils ont seulement noté des mains-courantes. »

Droits et devoirs…

Hannah a droit à une aide judiciaire, obtient la garde des enfants qui vont chez leur père les week-ends : « Il leur montre des films d’horreur, raconte des mensonges sur moi, exhibe un pistolet censé m’appartenir. Les enfants reviennent traumatisés. Je demande une enquête sociale : il est qualifié de “pervers narcissique”. Malgré tout, l’assistante sociale ne fait rien : “Il faut accepter, c’est leur père.” SOS Femmes m’indique que mes enfants ont droit à un avocat : l’avocate me conseille de déposer une requête auprès du juge des enfants et de ne pas les lui laisser le week-end. Le juge demande alors une enquête psychiatrique et familiale. Je suis interrogée, mes enfants aussi. Le psychiatre conclut que nous avons tout inventé. »

Hannah reprend ses études, et va à SOS Femmes : « Là, je me sens enfin comprise. Je suis orientée vers l’Anef. Le divorce est enclenché, la justice a statué sur la garde des enfants : le père a droit de les voir un jour par mois dans un centre spécialisé. Ils préféreraient ne pas le voir mais ils n’ont pas le choix. Il continue à leur raconter des horreurs. Il est gravement malade, il rejette la responsabilité de sa maladie sur une des filles… »

L.C.

Le prénom de la femme qui témoigne ci-dessus a été modifié.

Date de création : 21/05/2009 @ 16:35
Dernière modification : 21/05/2009 @ 16:39
Catégorie : Dossier
Page lue 2473 fois

Imprimer l'article Imprimer l'article


Contact
Association Exclusif
ou
Journal Exclusif :
3, rue de la Treille,
63000 Clermont-Ferrand
04 73 91 34 16
fax : 04 73 91 03 24

Courriel du journal
Courriel de l'association
Abonnement au journal
Version mobile
Recherche



Visites

 1034582 visiteurs

 14 visiteurs en ligne

Webmaster - Infos
Préférences

Se reconnecter
---

Votre nom (ou pseudo) :

Votre code secret


 Nombre de membres 14 membres


Connectés :

( personne )
^ Haut ^