Quoi de neuf ? Une rubrique... - Rencontre avec le père Joseph Valet, aumônier des voyageurs

Rencontre avec le père Joseph Valet, aumônier des voyageurs

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À 82 ans, Joseph Valet, dit le “Rachail”, est aumônier des gens du voyage depuis 47 ans. Tsiganes, Yéniches, Manouches, Gitans ? « Il ne faut pas faire de différences, explique-t-il, car on se trompe trop souvent et ça leur fait de la peine. » La distinction n’apporte pas forcément l’éclairage escompté mais le plus souvent la discrimination. « C’est un monde très multiple où la jeunesse est importante. La famille et le groupe comptent énormément. L’espoir et l’avenir sont incarnés par les enfants, la plus grande des richesses. »

Le père Valet a partagé la dure vie des voyageurs pendant quelques temps, dans sa camionnette ou dans leurs roulottes, mangé à leur table, dormi avec eux et assisté à leurs veillées. Mais sa mission est allée bien au-delà de celle d’un prêtre : « Je les ai défendus, je les aidais pour leur déclaration de revenus, pour leurs droits CAF, pour que le carnet anthropométrique disparaisse… » Le combat du “Rachail” (“l’homme de prière” en manouche) n’est pas terminé : « Les voyageurs étaient considérés comme des sous-citoyens ! Leurs conditions de vie étaient très difficiles. Aujourd’hui encore, ils ont une espérance de vie inférieure de 20 ans au reste de la population française, aux dires de certains médecins. » Lorsqu’on lui demande si les voyageurs seraient intéressés pour qu’on parle d’eux, le vieil homme répond : « Demandez-leur, ils vous accueilleront toujours très bien. » C’est ce qu’Exclusif se propose de faire dans ses prochains numéros, tant les voyageurs sont concernés de très près par tous les sujets abordés dans le journal comme, pour n’en citer que quelques-uns, l’accès aux droits, le logement, la santé, l’éducation, le travail… En attendant, retrouvez dans son intégralité l’entretien que nous a accordé le père Valet :

« Je me suis bagarré ! »

Qui sont les voyageurs ?

« C'est un monde très multiple où la jeunesse est importante, un avantage qui veut dire qu'il y aura de l'avenir ! » La famille et le groupe comptent énormément. L'espoir et l'avenir sont incarnés par les enfants, la plus grande des richesses.

Les origines des voyageurs remonteraient à la lointaine Inde. Partis volontairement ou chassés de leur pays voilà un millier d'années, ils ont progressivement migré vers l'ouest. Leur langue, proche du sanskrit, n'a pas évolué depuis ses origines. Elle s’est cependant enrichie au contact des pays traversés. Le vocabulaire décrit la vie intime. « Les mots profonds comme l'âme, l'amour, la vie, Dieu sont un héritage indien ainsi que le vocabulaire agricole. Les mots du nomadisme : roulotte, verdine , âne, chevaux, tente… ont été empruntés sur la route, dans le Caucase. » Le mot maison (khèr) et ses déclinaisons comptent particulièrement pour eux : « chez moi » se dit « khéré », le « parrain » ou une personne attachée à la famille « khirvo ».

Leur arrivée en Europe de l'ouest se situe au XVe siècle (1415-1420 en Auvergne). Rejetés, stigmatisés… jusqu'à nos jours, ce sont des réfugiés permanents. Ceux des Etats de l'est ont même été réduits en esclavage et ils n'ont été affranchis qu'au milieu du XIX ème siècle.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Tsiganes ont été persécutés par le régime nazi. Certains idéologues voyaient dans les racines aryennes des voyageurs un état primitif qu'ils souhaitaient exposer dans un zoo humain. Dans les camps, les pires expériences médicales ont été faites sur leurs enfants. En France aussi, ils ont été internés. Ainsi, de 1941 à 1943, le camp de Poitiers a compté pas moins de 800 nomades. Ils ne seront libérés que deux ans après la libération.

Ils sont toujours sous surveillance. Qu'est-ce que le carnet de circulation ?

La loi de 1912 sur la circulation des « nomades » en France marque le début du fichage des voyageurs. Les carnets anthropométriques individuels et collectifs - décrivant la composition de la famille - voient le jour. Ils comportaient les 10 empreintes digitales, y compris pour des enfants de 2 ans, deux photos, de face et de profil, prises par la police. Et on y indiquait la longueur et la largeur de la tête, la couleur de la peau, les cicatrices… « On pouvait aller en prison pour une signature manquante. Les enfants à partir de 13 ans devaient le porter continuellement sur eux, même pour aller à l'école. » Une plaque de contrôle devait également signaler les véhicules nomades. Le carnet anthropométrique a été remplacé en 1969 par un carnet de circulation toujours en vigueur. Obligatoire dès l'âge de 16 ans, il doit être visé par les services de gendarmerie tous les trois mois.

Tsiganes, Yéniches, Manouches, Gitans… ? Quelles différences ?

« Il ne faut pas les distinguer car on se trompe trop souvent et ça leur fait de la peine. La distinction n'apporte pas forcément l'éclairage escompté mais le plus souvent la discrimination. »

Leurs conditions de vie ?

« Personne n'a voulu s'occuper d'eux alors j'ai fait l'assistante sociale pendant des années. Les voyageurs sont considérés comme des sous-citoyens ! » Leurs conditions de vie sont très difficiles. « Aujourd'hui, c'est une population qui a une espérance de vie inférieure de 20 ans au reste de la population française comme l'atteste une étude médicale. Un chiffre que l'on trouve dans les pays du tiers-monde! ». Les mauvaises conditions de logement, le manque d'hygiène contribuent à cette surmortalité.

Comment se débrouillent-ils pour vivre ?

Leurs revenus sont disparates. Ceux qui ont pu s'installer sur un dépotoir, à l’époque où il y en avait encore, ont pu gagner leur vie. « Les plus embêtés ce sont ceux qui n'ont que le RMI mais c'est rare. » Tous les métiers de la récupération (ferraille, papier, chiffons, ficelle…), qui étaient leur activité traditionnelle, leur échappent car ils sont de plus en plus réglementés. C'est un marché important pour de grosses sociétés. Ils travaillent de manière saisonnière : nettoyage des oignons, tressage d'aulx, vendanges, cueillette des cerises… Certains sont salariés dans des communes pour le ramassage des déchets, certaines femmes font le ménage dans des sociétés… « Le travail c'est pour vivre, ça ne les enrichit pas. Ils ne veulent pas vivre de charité, ils veulent vivre de leur travail ! »

Seraient-ils intéressés par une rencontre, pour que l'on parle d'eux ?

« Demandez-leur, ils vous accueillerons toujours très bien. »

fp et C.D.


Date de création : 25/02/2009 @ 17:24
Dernière modification : 22/05/2009 @ 13:59
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