Dossier - Le logement social, une ''économie du bonheur'' ?

Le logement social, une « économie du bonheur » ?

Il a bien fallu que les “autorités” s’intéressent au logement des ouvriers et des pauvres lorsque, au XIXe siècle à Paris, il devint évident que le choléra ou autres joyeusetés de ce genre n’avaient pas la bienséance de respecter les frontières entre quartiers bourgeois et taudis prolétaires…

Plus tard, en réalisant des cités ouvrières, des grands patrons surent combiner profits économiques (une force de travail plus stable, “domestiquée”) et symboliques (bonté et sollicitude paternalistes). Sacré défi pour les premières municipalités socialistes qui, avec de maigres moyens, visaient à loger convenablement le peuple, pas seulement les salariés de telle ou telle usine. Le logement social naît dans ces eaux-là : croissance urbaine, hygiène, santé des populations, mobilisation de la force de travail, conception antagoniste du monde, émancipation ouvrière, bref des rapports de force très politiques.

L’après-1945 est marqué par la pénurie de logements, la fin des années 1950 par la politique des grands ensembles. Vers 1975, l’aide publique se déplace du soutien à la construction (aide à la pierre) vers l’aide à la personne, du type Aide personnalisée au logement (APL). La décentralisation va encore modifier les rôles entre l’État, les sociétés HLM et les collectivités locales. Les politiques du logement ont progressivement glissé vers les logiques de marché : si en 1950 on manquait cruellement de logements, en 2007 ils sont inaccessibles aux revenus trop bas des demandeurs. Et voilà qu’arrive “la Crise”…

Le logement social dans le Puy-de-Dôme suit les grandes lignes de cette histoire : Michelin construit ses “cités” et immeubles, plus tard rétrocédés en bonne part aux organismes HLM. Plus de la moitié du parc clermontois date d’avant 1974. Les logements anciens en centre-ville, réhabilités après 1980, hébergent aujourd’hui plus de 2 000 ménages. Le nom de Roger Quilliot, ancien maire et ministre du Logement, vient souvent en explication d’une situation locale plutôt favorable : en 2006, sur les 33 000 logements sociaux du Puy-de-Dôme, 25 000 étaient sur le territoire de Clermont Communauté, et leur durée d’occupation atteignait neuf ans. Le parc social du Grand Clermont accueillait 40 % de personnes seules, au sein d’une population globale d’une moyenne d’âge de 48 ans ; 60 % des ménages disposaient d’un revenu « très social » (inférieur à 60 % du plafond HLM), et 576 logements étaient mis en location cette année-là.

Attention aux précaires

Les principaux bailleurs sociaux sont l’OPHIS, Auvergne Habitat, Logidôme et SCIC Habitat, auxquels s’ajoutent les “petits” Domo centre, ICF sud-est Méditerranée et la SAEM Chamalières. La procédure d’attribution est très réglementée, les commissions d’attribution de chaque organisme sont souveraines.

Le premier bailleur du département est l’OPHIS : en 2007, il logeait 26 000 personnes dans 13 000 logements sur 165 communes ; 1 654 nouvelles familles ont été accueillies cette année-là, alors que 8 009 demandes avaient été enregistrées. 495 logements étaient mis en chantier, 529 réhabilités, 421 mis en service. Loyer moyen d’un T2 hors charges : 248 €.

Concertation

Pour Françoise Luneau, directrice du patrimoine et de la clientèle, la concertation entre État, bailleurs et collectivités territoriales fonctionne bien. La commission DALO, la charte de prévention des expulsions, le suivi du Plan départemental d’action pour le logement des plus défavorisés (PDALPD) et des opérations de rénovation urbaine (plus de 600 logements détruits, le même nombre à reconstruire) : voilà autant d’occasions de travail entre ces partenaires.

Françoise Luneau note que la situation générale est bien meilleure qu’en région parisienne, par exemple. Les bailleurs savent assez bien loger les personnes les plus démunies avec l’APL, mais sont attentifs à l’évolution de l’aide au logement dans le cadre du RSA. La situation est en effet plus problématique pour tous les salariés précaires et à temps partiel, les réductions de leurs APL rendant plus difficile les conditions d’attribution. Si, nationalement, les impayés augmentent, l’OPHIS procède à moins de 5 expulsions par an, et cherche des solutions de relogement.

Pompier d’un jour ?

Marc Hémeret, directeur de l’Association du logement social du Puy-de-Dôme qui regroupe les bailleurs sociaux, confirme la particularité du contexte actuel. Si la construction privée a été soutenue ces dernières années, notamment par des modalités fiscales (Robien, etc.) pas toujours adaptées voire déraisonnables, aujourd’hui c’est bien le logement social qui est très sollicité à travers lois, plans de relance et annonces gouvernementales. Programmes de réhabilitation thermique, rachat de 30 000 programmes de promoteurs privés mal en point, annonce de la construction de 70 000 logements, dont la moitié sociaux, et même une loi en cours de discussion sont censés venir au secours d’un marché qui recelait pourtant tant de promesses… Que va devenir le logement social : pompier d’un jour, en attendant que les affaires reprennent ? Ou nouveau projet collectif de vie commune, mieux doté et plus écologique, moins coûteux en fins de mois difficiles et en rêves déçus ? Le sociologue Pierre Bourdieu appelait la seconde possibilité « l’économie du bonheur »…

C.M.


Date de création : 23/02/2009 @ 17:27
Dernière modification : 26/02/2009 @ 16:47
Catégorie : Dossier
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